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    Les mille soleils de Busu Jano, pour raviver rage et tendresse

    Kinshasa, quartier Kasa Vubu, avenue Busu Djanoa, Busu Jano, vielle bâtisse qui a été construite par son arrière-grand-père, selon la légende, lieu de passage, de halte, lieu qui garde en mémoire les souvenirs et les traces de ceux qui y ont habité, séjourné, y sont passé. Depuis Bruxelles, Raïssa Yowali se souvient de Busu Jano, fantasme cette maison, qui lui rappelle l’enfance, mais, aussi, le Congo (RDC), le sang et les morts qu’il porte. Ceux qu’on appelle les dommages collatéraux selon la formule immonde consacrée.

    Belgo-congolaise, née à Bruxelles, l’autrice rend hommage aux morts et aux vivants, surtout elle rend hommage à l’être humain. À ses luttes, ses forces, ses faiblesses, ses contradictions, ses besoins de faire communauté, ses besoins d’individualité. Ses besoins de colère qui naissent inévitablement quand la société maltraite corps et identités. Puis, délicatesse, elle rend hommage aussi à l’être humain dans son besoin d’être aimé.

    Tout cela se traduit à travers des chroniques de rencontres éphémères, des instants où des individus s’entrechoquent puis se laissent repartir avec des bouts de l’autre dans la tête et dans les réflexions. Ces chroniques, entrecoupées de poème, sont ceux d’une Bruxelloise qui aime sa ville et qui la connaît dans sa diversité.

    Bruxelles est belle sous la plume de Raïssa, elle est belle parce qu’elle est franche, elle est authentique, authentiquement sale et splendide. Bruxelles bouillonne en écho à ce qui se passe à Kinshasa et les mots de Raïssa tissent solidement des mailles comme des ponts logiques et essentiels entre ces deux villes.

    Les mille soleils de Busu Jano est de ces livres qui laissent une couche fine et fragile de tendresse sur l’esprit bien après la lecture. La sensation exquise d’avoir visité l’intérieur d’un cœur. La langue est vivante, elle vibre fort, impossible alors d’y rester insensible, impossible de rester à l’extérieur, de ne pas se laisser traverser par ces récits et l’écriture tendre et rageuse de Raïssa Yowali. Parler de rage et de tendresse, ce n’est pas ici une jolie tournure de phrase, c’est la nécessité de faire cohabiter dans nos propres existences la rage subie, la rage ressentie sans jamais se départir de la tendresse qui si elle ne résout pas tout, peut se révéler être une alliée dans la lutte, un moyen de tenir. Ce livre a dû s’écrire dans cet état d’esprit et devrait se lire dans le même.

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    Titre : Les mille soleils de Busu JanoAuteur.ice : Raissa YowaliÉdition : L'arbre de DianeDate de parution : 14 janvier 2026Genre : Autofiction poétique Kinshasa, quartier Kasa Vubu, avenue Busu Djanoa, Busu Jano, vielle bâtisse qui a été construite par son arrière-grand-père, selon la légende, lieu de passage, de halte,...Les mille soleils de Busu Jano, pour raviver rage et tendresse