Titre : Silvercloak
Auteur : L.K. Stephen
Éditeur : Albin Michel
Date de parution : 15 avril 2026
Genre : Romantasy
Saffron Killoran est orpheline. Ses deux parents ont été assassinés devant ses yeux par les Lunes Sanguinaires, une organisation criminelle sadique qui a la mainmise sur Atherin, la ville dans laquelle se passe l’histoire. Sa vengeance va prendre forme très tôt : décidée à retrouver les meurtriers de ses parents, elle intègre l’Académie des Capes d’Argent, qui sont des mages-détectives. Le destin a décidé de contrarier son plan parfait de vengeance en mettant sur sa route une prophétie où elle se voit vêtue de la cape ennemie, embrassant puis tuant l’un d’entre eux.
Faire intervenir la prophétie nous permet de nous consacrer uniquement aux chemins, détours et impasses qui mèneront à ce rapprochement inévitable et, pendant une bonne partie du livre, tout se déroule très bien. L’autrice parvient à rendre ce coup du destin naturel et logique. Saff et Levan (l’ennemi en question donc) tissent une relation à laquelle on croit. Les douleurs de leur enfance, la perte parentale, la nécessité de mettre leur force en exergue pour avancer, tout conspire à les rassembler.
Je sais que l’habitude n’est pas à la mise en avant du « je » dans des critiques, cependant, je fais une exception car Silvercloak est ma première romantasy enemies-to-lovers et j’ai compris pourquoi ce trope faisait autant frétiller.
Pourtant, une fois le baiser langoureux consommé, tout retombe comme un soufflé, il devient compliqué d’y croire. Et ce pour une seule chose : qu’est-ce que c’est verbeux. Des mots sur chaque sentiment, sur chaque méandre de la pensée, ça réfléchit, ça pense, ça se questionne, et beaucoup trop. Toute la tension se focalise sur la réalisation de cette prophétie et lorsque celle-ci arrive, eh bien, c’est un pétard mouillé.
Askenfall est un autre monde ressemblant très fort au nôtre, sur lequel l’autrice aurait superposé différents filtres « magiques ». L’impression de rentrer dans un nouveau monde ne se fait pas facilement, voire quasiment pas. À savoir si la volonté se trouvait de ce côté-là de l’écriture. Il n’empêche qu’il y a une attente qui n’est pas satisfaite ; le monde d’Askenfall est un miroir grossissant des grandes lignes directrices et destructrices de notre monde et n’existe que par ce prisme. Askenfall n’arrive pas à exister comme univers à part entière.
Mais parlons de la partie la plus intéressante, qui a fait l’objet d’un trigger warning : langage cru et scènes de sexe explicites. Dans le monde d’Askenfall, la magie se recharge par le plaisir ou la douleur (BDSM vous-même vous savez, parfois les deux savoureusement se confondent). Clairement, la vraie maîtrise du livre se trouve là, dans l’efficacité de ces scènes de sexe, dans la façon d’utiliser le plaisir et toutes ses variantes, déviances et excès. S’il fallait tout un roman pour justifier ces scènes, alors nous pouvons l’accepter parce qu’elles valent la lecture. Malheureusement, le livre est bien trop inégal dans son écriture et dans sa narration.
