
Paradise
Réalisateur : Dan Fogelman
Genre : Thriller politique, Science-fiction
Acteurs et actrices : Sterling K. Brown, Julianne Nicholson, James Marsden, Shailene Woodley
Nationalité : USA
Date de sortie : saison 2 disponible depuis le 23 février 2026 (8 épisodes, sortie hebdomadaire jusqu’au 30 mars)
Rappel de la saison 1: Bunker de luxe baptisé « Paradise ». Xavier, ancien chef de la sécurité du président des États-Unis, est suspecté du meurtre de son employeur. Mais voilà le twist : cette communauté sous cloche abrite l’élite américaine réfugiée après qu’une catastrophe climatique, suivie d’une guerre nucléaire a ravagé la planète.
Et bienvenue dans la saison 2 : on sait depuis la fin de la saison 1 qu’à l’extérieur du bunker, des gens ont survécu ! Et parmi eux, potentiellement Teri, la femme de Xavier qu’il croyait morte depuis trois ans. La saison 2 le propulse donc hors du bunker, plein d’espoir, à la recherche de celle qu’il aime.
Commençons par une évidence : si vous avez adoré This Is Us (et qui ne l’a pas adorée, sérieusement ?), vous allez adhérer à cette deuxième saison de Paradise. Dan Fogelman, le génie créatif derrière les mouchoirs systématiquement nécessaires de This Is Us, ramène ici tout ce qu’il fait de mieux : des flashbacks, des moments suspendus bourrés de tendresse, une exploration psychologique des personnages et cette capacité rare à vous donner envie de croire en l’humanité. (Oui, même en 2026, même avec tout ce qui se passe dans le monde, même quand on pourrait légitimement sombrer dans le cynisme le plus total.)
La première saison avait installé les bases : une enquête policière efficace (qui a tué le président ?), un univers énigmatique (c’est quoi ce bunker de riches qui ressemble à Wisteria Lane sous terre ?), et suffisamment de mystères pour nous tenir en haleine. Mais avouons-le, on sentait que Fogelman prenait son temps, qu’il mettait en place ses pions pour mieux nous émouvoir par la suite. Et devinez quoi ? Mission accomplie. La saison 2 monte d’un cran et transforme ce qui était déjà une série solide en quelque chose de véritablement remarquable.
Cette fois, la structure narrative se déploie en quatre axes parfaitement maîtrisés : la quête de Xavier pour retrouver Teri, les conséquences des actions de Sinatra, la survie des « petites gens » restés à la surface, et ce qu’est devenue Teri pendant ces trois années. Rassurez-vous, tout est dosé au compte-gouttes, un épisode égale une histoire, et on ne vous lâche jamais en chemin. Au contraire, on vous donne constamment envie de connaître la suite.
Alors, après quatre épisodes diffusés, Paradise saison 2, on y va ou pas ?
On y va. Fogelman fait le choix narratif audacieux de débuter la saison avec un personnage complètement nouveau. Ca pourrait déstabiliser, mais c’est en réalité une masterclass. Il nous montre immédiatement ce que sera cette saison : plus humaine, plus psychologique, plus frontale émotionnellement.
Car c’est là que Paradise se distingue radicalement des autres séries post-apocalyptiques (et Dieu sait qu’on en a vu passer). Là où la plupart de ces productions misent sur la brutalité, le cynisme et la guerre permanente entre survivants, Fogelman ose quelque chose de complètement différent : l’espoir.
Pas l’espoir béat et naïf, non. L’espoir réaliste, celui qui naît de la solidarité, de l’entraide, du vivre-ensemble. Cette approche s’appuie d’ailleurs sur de vraies recherches. Les scénaristes ont consulté des experts en catastrophes qui confirment : oui, les premiers temps après un effondrement sont dominés par les brutes armées et l’égoïsme brutal. Mais passé plusieurs années, ce sont ceux qui coopèrent qui survivent. Paradise nous plonge dans cette troisième année, celle où l’humanité pourrait choisir entre reproduire les erreurs du passé ou inventer autre chose.
Côté jeu d’acteur, Sterling K. Brown, déjà brillant dans This Is Us, confirme ici son statut d’acteur exceptionnel. Son Xavier traverse une transformation fascinante entre les deux saisons. Méfiant et replié sur lui-même dans le bunker, il devient porteur d’espoir une fois à l’extérieur. Convaincu que sa femme est vivante, il partage ce message optimiste avec tous ceux qu’il rencontre. Brown parvient à rendre crédible ce changement sans jamais verser dans la niaiserie. On croit à son espoir parce qu’il l’incarne avec une vulnérabilité touchante.
Julianne Nicholson, en Sinatra froide, multimilliardaire aux méthodes discutables, bénéficie également d’un développement de personnage remarquable. Là où la première saison la présentait essentiellement comme une antagoniste froide, la seconde explore son passé.
Et c’est là qu’on retrouve le génie de Fogelman : il refuse de réduire ses personnages à une seule dimension. Même ceux qui semblent monstrueux ont une histoire, des traumatismes, des raisons qui expliquent (sans excuser) leurs actions. Sinatra ne devient pas soudainement sympathique, mais elle gagne en complexité, en nuances. On éprouve de l’empathie pour elle tout en condamnant ses choix.
Cette capacité à créer des personnages imparfaits évoluant dans des zones grises constitue l’une des signatures de Fogelman. Personne n’est purement bon ou mauvais dans Paradise. Tout le monde fait des erreurs, prend de mauvaises décisions, agit parfois par égoïsme ou peur. Mais tout le monde possède aussi sa part d’humanité, ses moments de grâce, sa capacité à faire mieux.
On sent que Fogelman veut livrer des réflexions au travers de cette seconde saison. Sur le lien entre politique et capitalisme. Sur ceux qui survivent pendant que d’autres périssent. Sur le traitement de la planète qui nous a menés au bord du gouffre. Sur notre capacité collective à choisir l’altruisme plutôt que l’égoïsme.
Bon, on reste face à un thriller : oui, les rebondissements restent nombreux et les mystères s’accumulent. C’est un divertissement d’actualité qui tient en haleine tout en donnant du baume au cœur.
Donc, si vous cherchez une énième série dystopique ultra-violente où les survivants se massacrent pour une boîte de conserve, passez votre chemin. Mais si vous voulez une série qui vous rappelle pourquoi l’humanité mérite peut-être d’être sauvée, alors Paradise vous attend.
