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    Larrons en baskets bleues : doit-on réveiller les légendes ?

    Elvis Presley. Une légende du rock qui vit encore dans le cœur de millions de fans. C’est de cet amour inconditionnel et intemporel que s’inspire Larrons en baskets bleues. La pièce se déroule le jour de la mort du King, un 16 août. Quatre compères, un peu maladroits, se retrouvent dans un lieu comme enseveli, presque hors du temps, pour célébrer cette date anniversaire. C’est un événement — à n’en pas douter, au vu de leur préparation. Au Studio Varia jusqu’au 10 avril, la nouvelle création d’Héloise Ravet promet un moment décalé pour celles et ceux qui aiment les histoires d’amitié, de rock’n’roll… et de fantômes.

    Jean-Damien, Joël, Pascal et Mathurin, amis de fortune chaussés de leurs baskets bleues — clin d’œil à Blue Suede Shoes, reprise par Elvis Presley — préparent chaque année une cérémonie pour honorer sa mémoire. Machine à café, cake à la recette exclusive de Memphis, tenues du « King » : chacun y apporte sa contribution avec joie et fierté. Les répliques fusent, on rit, on découvre ces quatre personnages un peu désuets mais indéniablement attachants. S’ils se retrouvent pour parler d’Elvis, ils semblent aussi tenter de conjurer leur solitude. Dans ces figures de « tendres ratés » affleure une fragilité qui, par moments, touche juste.

    © Alexandre Fitrakis

    C’est sans doute là que réside la singularité du spectacle : dans cet entre-deux, oscillant entre comédie et mélancolie. Mais cet équilibre reste parfois fragile. Entre des gags un peu attendus et des moments chantés qui peinent à pleinement s’imposer, la pièce ne trouve pas toujours l’ampleur que son sujet pourrait appeler. La création sonore, notamment, semble parfois en retrait et ne parvient pas toujours à donner sa profondeur au décor.

    Il se dégage pourtant une poésie réelle de certains instants : les plumes violettes qui se répandent sur le sol, ou encore les élans de tendresse entre les personnages. En endossant la figure d’Elvis, en empruntant sa voix, ses gestes, ses postures, ces antihéros tentent aussi de se glisser dans une autre peau pour, peut-être, se sentir exister autrement. Malgré tout, l’ensemble demeure parfois comme retenu. Le choix de faire revenir Elvis sur scène n’était pas sans risque, et la candeur nécessaire pour y croire pleinement ne trouve pas toujours sa pleine mesure. L’événement crucial — l’annonce de la mort imminente de Joël, qui vit ici son dernier 16 août— aurait pu constituer un point de bascule émotionnel intense. Les comédiens y investissent pourtant une sincérité indéniable.

    Le quatuor d’acteurs, drôle et sensible, laisse entrevoir des lignes de force intéressantes, mais ce potentiel reste en partie contenu. Le spectacle s’inscrit finalement dans un registre de divertissement chaleureux, teinté de nostalgie. Une ode à l’amitié, sans doute, un « hymne à la faiblesse » aussi — mais dont la portée émotionnelle reste suspendue et peine à atteindre sa promesse.

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