Conception, écriture et interprétation Marion Dégardin
Dramaturgie Dounia Dolbec
Scénographie Cassandra Cristin
Angel/Responsable du cadre Lou Viallon
Création sonore Éloïse Kohn
Création lumière Judith Gaillard Hwang
Assistanat chorégraphie Justine Theizen
Costume Lau Pijulet

Nous entrons dans la salle du studio Thor dans la douceur. Marion Degardin, enveloppée dans une tenue rouge, campée d’un petit bonnet et accompagnée de ses peluches monstres, nous installe. L’enfance est bien la porte par laquelle nous accèderons à ce monde imaginaire, prêt à se déployer pendant 40 minutes.
Cette sortie de résidence au studio Thor est le fruit de plusieurs jours de travail entourée d’une équipe dévouée d’artistes venu·e·s contribuer à la création scénique de l’univers plastique et chorégraphié de Marion. D’après des références imaginaires singulières, cette artiste multiple dessine à l’encre rouge les contours de son inconscient artistique, matérialisé sur scène par une configuration immersive et une scénographie envoûtante. Au plateau, plusieurs structures de tissus et de velours, dans un camaïeu de rouges, donnent profondeur et texture à l’instant. Un écrin minimaliste et pourtant élégamment pensé pour faire éclore cette pièce de danse contemporaine.

Originaire de Biarritz, dans le sud-ouest de la France, Marion Dégardin est une artiste pluridisciplinaire dont les pratiques se nourrissent, oscillant entre danse, dessin, art make-up et performance. Danseuse diplômée du Master Danse et pratiques chorégraphiques de Charleroi danse, ENSAV La Cambre et l’INSAS, elle crée La chambre rouge dans ce cursus exigeant sous la forme d’un travail de fin d’étude. Depuis, elle poursuit ce travail et cherche à parfaire cette forme ambitieuse et surtout inédite, au travers de résidences et de temps de recherche et création. Son travail multiple de porteuse de projet, chorégraphe et interprète lui a déjà ouvert les portes des Brigittines – on retrouvera La Chambre rouge dans la programmation du lieu la saison prochaine – et du studio Thor, pour cette sortie de résidence intimiste et hors du temps.

Déjà très aboutie, cette forme pose les jalons d’une pratique chorégraphique hybride, mêlant à la fois le travail de costume, de textures, de peinture et d’exploration dansée. La pièce a des airs de rêve éveillé, à la frontière entre douceur, libération et enchantement. Le public, disposé sur des petits coussins (rouges sans aucun doute), est à la fois témoin et complice. Dans une narration linéaire, Marion Dégardin construit sa rêverie chimérique, où quatre figures se succèdent – un volcan, une guerrière, une enchanteresse et une reine – pour dessiner le chemin de la résilience. En convoquant les éléments du conte et en matérialisant son univers onirique, elle parvient à construire une ode à la métamorphose par la danse.
« J’aimerais qu’il existe des lieux stables, intangibles, intouchés, et presque intouchables, immuables, enracinés, des lieux qui seraient des références, des points de départ, des sources »
Espèces d’espaces, Georges Perec, p.179
Au-delà de la portée esthétique et chorégraphique, cette étape de travail laisse déjà pressentir que le propos, sous ses airs naïfs, n’a rien de léger. Marion raconte qu’elle s’est construit cette chambre « pour parler de survie, de quelqu’un qui a transformé ses cauchemars en conte […] en dansant ces traumatismes et en transformant ces souvenirs qui hantent en nouvelles images de force. ».

Se tissent un langage chorégraphique et imaginaire très prometteur, dans lequel on se laisse volontiers glisser. La beauté des éléments de scénographie et des costumes, méticuleusement choisis, révèle le potentiel esthétique de cette artiste plurielle. Marion Dégardin danse avec force et douceur dans cet univers évocateur titré La chambre rouge qu’elle habite et réinvente poétiquement sous nos yeux. Ce retour à l’imaginaire apparaît comme un souffle nécessaire et inspirant car : l’imaginaire est le seul endroit qui ne peut être possédé. C’est sur ces traces et celles de Georges Pérec que Marion Degardin créé sa propre histoire scénique dans laquelle elle s’accorde le droit à la guérison. Droit qu’elle donne en partage pour faire résonner ce voyage initiatique comme un espace de projection-protection pour « tous les enfants intérieurs qui ont été blessés ». Après avoir découvert le volcan, la guerrière, et l’enchanteresse, le solo se conclue sur la figure de la reine. Renée de ses cendres, cette dernière nous accorde des regards paisibles, bienveillants, dignes. Comme si après le chemin parcouru et les épreuves, se retrouver et se sentir vivante permettait aussi de restaurer le lien aux autres.
On attend impatiemment la première de ce solo dansé pour la saison 2027/28 aux Brigittines.
