
La Maison des femmes
Réalisatrice : Mélisa Godet
Genre : Drame
Acteurs et actrices : Karin Viard, Laetitia Dosch, Eye Haïdara
Nationalité : France
Date de sortie : 4 mars 2026
Après un documentaire en 2018 et une bande dessinée sous forme de reportage en 2021, c’est aujourd’hui par la fiction que la Maison des Femmes de Saint-Denis se voit présentée sur grand écran. Les témoignages continuent d’y occuper une juste place, mêlés aux points de vue de celles et ceux qui travaillent dans ce lieu particulier. Leur énergie, leurs convictions, nous emportent autant que les émotions qui nous traversent durant le film, qui trouve son équilibre entre drame et légèreté.
Dédiée à la prise en charge des femmes victimes de violences, La Maison des Femmes de Saint-Denis est un lieu unique en son genre fondé en France en 2016 par la médecin-gynécologue Ghada Hatem-Gantzer. Initiative remarquable par son travail de terrain, elle accueille des vécus aussi divers que les violences sexistes qui peuvent exister et son histoire est d’autant plus inspirante qu’elle a été le modèle de projets similaires qui essaiment encore aujourd’hui (notamment à Bruxelles).
Porté par un dynamisme engageant, le film convoque de multiples aspects des sévices subis par les femmes (violences conjugales et excision, surtout) et sème un bon nombre de pistes de réflexions permettant d’en comprendre la dimension systémique. Ce cocktail assez dense peut faire beaucoup, mais reste abordable grâce au poids de la fiction et de l’incarnation plus intime apportée par les personnages. Jamais montrée frontalement, la violence se fraie à l’écran au sein des témoignages touchants que livrent les femmes, dans leurs échanges avec le personnel, mais aussi dans leurs silences ou leurs regards. La force du film est de donner une place égale entre ces récits et les activités de soin, épousant la vision de la Maison, à savoir la réparation simultanée du corps et de l’esprit. C’est en effet cette approche qui permet aux victimes de créer des liens de sororité, d’une importance cruciale dans la reconstruction de leur confiance en elles. Ils permettent aussi le prolongement de l’accompagnement bienveillant en-dehors de cet espace d’accueil, brisant une spirale d’isolement. La mention du Confinement, qui a fait grimper le nombre de féminicides, est particulièrement bien vue, tant cette période a mis en lumière le foyer comme l’un des lieux où les femmes sont les plus vulnérables.
Le soutien salutaire du collectif est valorisé de la même manière du côté des soignant·es, dont le dévouement n’est pas présenté uniquement par un prisme négatif ou sacrificiel. D’Inès (Oulaya Amamra), la nouvelle interne, à Manon (Lætitia Dosch), ou encore Awa (Eye Haïdara), chaque protagoniste incarne un caractère et un vécu qui viennent modeler une perception différente de leur travail. Notons à ce titre que le psychologue (Pierre Deladonchamps) rappelle discrètement que les hommes ont bien leur place dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, majoritairement portée par les femmes. Ce qui préserve l’équipe du découragement, c’est la solidarité et la joie. Célébrer, débattre, manifester, c’est ce qui redonne la vigueur nécessaire pour continuer.

Pour son premier film, la réalisatrice Mélisa Godet cherche à embrasser un sujet très vaste, en dépassant le cadre de la Maison des Femmes de Saint-Denis. Le suivi de son développement par le personnage de sa fondatrice (ici Karin Viard), à savoir la menace de fermeture, l’inspection ou encore la recherche de financements, paraît d’ailleurs plus cinématographique que le reste et se voit éclipsé par les performances des autres acteur·ices. Si elle soulève des problèmes pertinents, comme le manque de considération pour la santé féminine ou l’implication de façade au niveau politique, il n’est finalement pas si mal de recentrer la focale sur le travail concret de la structure pour mieux s’y attacher. Un autre point positif du scénario est qu’il n’oublie pas de faire le lien avec le féminisme. La nécessité de l’existence de collectifs comme #NousToutes, apparaissant brièvement (surtout après les propos de la Première Dame de France), ou de manifestations pour revendiquer des droits se pose en réponse à un constat rendu évident durant ces 110 minutes : les violences envers les femmes sont partout, elles concernent tout le monde. A l’image des protagonistes de Melisa Godet, d’âges et de classes sociales si variés, dont les parcours de vie se font pourtant échos.
Long-métrage au ton optimiste et exaltant, La Maison des Femmes suit donc le quotidien de ce lieu refuge pour les femmes fragilisées, jonglant entre les récits et les points de vue autant qu’entre le rire et l’émotion. Chaque jour confronté à la souffrance, le personnel soigne, écoute, opère et se démène pour épauler toutes les concernées dans leurs efforts vers la guérison. Ce film devrait parvenir à fédérer un large public autour de ce sujet alarmant toujours plus actuel et, on l’espère aussi, autour de lieux précieux comme la Maison des Femmes de Saint-Denis. Nul doute qu’il vous transmettra un optimisme salutaire et qui sait, peut-être une envie de battre le pavé le 8 mars prochain.
