
Vigilante
Réalisateur : Olivier Pairoux
Genre : Thriller
Acteurs et actrices : Eddy de Pretto, Damien Chapelle, Roxane Mesquida
Nationalités : Belgique, Canada, France
Date de sortie : 9 septembre 2026
Projeté tout récemment en avant-première au BRIFF, Vigilante est un thriller sombre sur les motivations et les limites de l’auto-justice, signant également l’arrivée percutante d’Eddy de Pretto sur les écrans de cinéma.
Morville est un jeune solitaire, traquant obstinément les pédocriminels du net sur son temps libre, avec son groupe d’amis baptisé Les Vigilantes. Depuis longtemps désabusé par le système judiciaire, il s’en remet à sa propre morale pour mener sa mission à bien en exposant publiquement ses proies. Jusqu’au jour où le piège d’un Vigilante dérape et qu’il se fait agresser violemment. Tout en étant collé au train par un policier qui exècre leurs méthodes, Morville va s’employer à faire lui-même la lumière sur cet incident. Sauf qu’en se retrouvant confronté aux implications imprévues de leurs actions, sa vision personnelle de la justice va se mettre à vaciller.
Le scénario s’appuie sur un phénomène bien réel, celui des streamers piégeant des prédateurs sexuels en live en se faisant passer pour des enfants. Assumant son envie d’expérimenter les genres cinématographiques (on est très loin de son premier long-métrage grand public, SpaceBoy) Olivier Pairoux s’empare des codes du film noir pour une enquête urbaine lugubre au dénouement un peu attendu, avec des personnages à première vue familiers (tels que le vigilante, le policier menaçant ou les criminels aux noms fleuris). Cependant, couplée à un réalisme cru et à un sujet très actuel, la recette fonctionne bien. A rebours de récits unidimensionnels de citoyens (ou super-héros à la Batman) qui se dressent contre le crime avec leurs propres armes, le film creuse derrière la figure du justicier contemporain pour s’éloigner, sans complaisance avec les prédateurs ou les institutions judiciaires, d’un raisonnement manichéen. Il déroule des points de vue contradictoires, des personnages nuancés (portés par Zacharie Chasseriaud, Johan Heidenberg, Roxane Mesquida ou encore Léontine Clerbois), défiant tout jugement à l’emporte-pièce.

Entièrement tourné en Belgique, Vigilante fait la part belle aux zones industrielles, froides et bétonnées de Bruxelles et de Charleroi. L’atmosphère urbaine creusée d’ombres par les lumières artificielles ou blafardes, la musique agressive et le montage brusque reflètent l’état mental de Morville qui y déambule à la marge, de lieux exigus en espaces impersonnels. Le costume de justicier qu’il ne peut se résoudre à raccrocher n’est peut-être que son refus de tourner la page d’un passé douloureux, coincé dans un engrenage intarissable d’injustices où la vengeance, illusoire réparation, n’est jamais loin. Même à travers les protagonistes du trio d’amis, en particulier Xavier (Damien Chapelle), les comportements belliqueux ou destructeurs sont constamment en toile de fond, renforçant la tension sourde du récit. C’est par le biais des victimes directes ou collatérales qui l’entourent qu’il est possible de comprendre le rôle que Morville est amené à jouer dans la continuité de cette omniprésente violence ainsi que d’entrevoir l’éventualité d’une échappatoire. Eddy de Pretto s’avère quant à lui très convaincant dans ce personnage contrasté, renfermé et orageux, dont les failles et les émotions s’exacerbent à mesure que l’on voit son monde s’effondrer.
