Kant l’ensablé d’Idwig Stéphane

auteur : Idwig Stéphane
édition : Editions Thot
sortie : janvier 2015
genre : théâtre

Un homme a fait téléporter Kant sur le mât de son bateau histoire de lui poser deux ou trois questions sur sa philosophie. Perché sur un mât comme un lampadaire éclairant le monde, le philosophe n’a d’autre choix que de répondre à ses questions.

La figure du bateau est symbolique et ce n’est pas un hasard non plus si Idwig Stéphane a choisi de placer Kant au sommet de ce dernier. Comme Montaigne dans sa tour d’ivoire, Kant est ainsi placé au dessus du commun des mortels avec en plus cette fonction de guide qui mène les hommes à travers une mer sur laquelle pèse le brouillard, autre métaphore de la brume de l’existence. Kant se refuse à guider le navire, mais quant à éclairer l’homme de sa morale, pas de problème.

C’est un jeu de langage qui se passe dans Kant l’ensablé: entre un langage résolument moderne de l’homme qui joue sur les mots et les niveaux de langage et un langage kantien beaucoup plus philosophique. Un Kant initialement dans la retenue et la tempérance face à un homme dont le discours fluctue au rythme de ses pulsions et de ses envies. C’est que l’homme, déraciné, cherche une nouvelle source de lumière, de nouvelles saintes écritures dans un monde oublié de Dieu. Il choisit donc le philosophe pour occuper cette position christique.

Mais l’homme refuse la retenue du corps proposée par Kant, il refuse de laisser tomber les plaisirs de la vie pour atteindre la connaissance. Il reste bien trop campé sur ses positions et la discussion prend vite des allures de joute verbale dans laquelle ils discutent de philosophie, de poésie et de la supériorité du vrai sur le beau.

Le premier mouvement est prometteur et pose un problème pertinent de la société occidentale contemporaine en lui faisant emprunter le chemin de l’absurde. Le parti pris est intéressant mais finit par se perdre dans son processus. Stéphane Idwig oppose deux options dans le thème et dans le style: la poésie (la vie charnelle, ressentie) et la philosophie (la raison, la vérité). Malheureusement le style rend difficile l’appréhension du message là où on voudrait qu’il soit clair. Le style est trop emphasé et parfois faussement nonchalant, joue avec les rimes et les allitérations de manière un peu gratuite.

Idwig passe sans transition de Sheila à Ronsard, créant une pièce étrange et avec laquelle on a un peu du mal à se situer mais qui a le mérite de poser les bonnes questions même si elle se perd en chemin, comme un bateau dans la brume qui s’échoue sur un banc de sable, tiens.

2/5

Mathieu Pereira
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