Julien Clerc : Partout où la musique vient

La belle est arrivée, La jupe en laine, Ce n’est rien, Ma préférence, Fais moi une place… : les titres de Julien Clerc qui nous ont fait au moins manquer un battement de cœur sont tellement nombreux que l’on aurait pu craindre pour notre santé cardiaque. Étrangement, il aurait fallu plus que cet enjeu de vie et de mort pour s’empêcher d’écouter en boucle ces chansons qui nous ont plongés dans un état de grâce divinement païenne dont Noé, malgré son arche, n’a pas encore su nous sauver.

Au regard de Partout la musique vient, cette période semble révolue, ce qui rejoint sans doute la volonté de l’artiste qui affirme ne pas vouloir se reposer sur son passé. Construisant sa discographie sous le signe de la rupture, Julien Clerc avait déjà souhaité innover avec son précédent album Fou peut-être en se tournant vers un style plus symphonique. Aujourd’hui, c’est un horizon d’outre-Atlantique se présentant à l’auditeur sous des sonorités et rythmes londoniens qui prête ses nuances à la palette sonore du chanteur.

Si la volonté de se renouveler parait louable, ce choix de se porter sur une musique aux accents anglais ne porte cependant pas ses fruits, sans doute parce que l’influence et le style sont trop légers que pour proposer des créations totalement novatrices. Paradoxalement cependant, cette relative discrétion ne les empêche pas de miner profondément les textes de cet album. En effet, le tempo parfois trop rapide connote une certaine superficialité qui, jointe aux différentes tonalités, porte pratiquement les paroles au cynisme, elles qui n’en avaient pourtant pas besoin.

A propos des textes, c’est ici Alex Beaupain qui a prêté sa plume à la plupart des titres de l’album, même si l’on compte cinq autres titres proposés par Maxime Le Forestier, Carla bruni, Gérard Duguet-Crasser et Raphaëlle Lannadère. Au niveau de ceux-ci, le choix des mots est révélateur : lorsque, dans une chanson, sont évoqués « carrelage » ou « moquette », c’est qu’on a vraiment plus rien à dire ou qu’on n’en a plus grand-chose à faire de la poésie, hypothèse que « ma jolie fleur était une peau de vache » d’On ne se méfie jamais assez semble avérer.

Désormais, l’amour est rangé au placard à moins qu’il ne se cantonne qu’à Gagner la chambre après avoir bu plus qu’un dernier verre. La Rapsodie américaine présente un couple que les années passées ensemble ont poussé à se désaimer ; Le Chemin des rivières évoque le temps qui s’écoule, la vieillesse et l’amertume. On ne se méfie jamais assez casse toute forme de romantisme et cela aurait pu être drôle, si cela avait été chanté par un autre que Julien Clerc qui signe ici le désaveu de ces plus belles chansons d’amour, quoiqu’on aurait tout de même pu en rire sous cape si On va, on vient ne rappelait pas qu’ « on rit pour oublier que tout cela n’est pas drôle »…

Est-ce dû aux paroles où à l’ambiance londonienne ? La voix du chanteur sonne faux, lourde dans ses scansions et ses émotions, empreinte d’une âcreté qui dénie tout autant qu’elle déconstruit ses albums précédents. En définitive, Partout où la musique vient ne constituera pas un tournant dans la carrière de Julien Clerc, plutôt un détour donnant sur une voie sans issue et sur laquelle on ne peut qu’espérer qu’il ne s’attardera pas…

Nassima Cherke
A propos Nassima Cherke 42 Articles
Journaliste du Suricate Magazine

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