Homo Sapiens, l’histoire comme prétexte pour se moquer de notre époque

Affiche du spectacle "Homo Sapiens" (TTO, 2019)

Mise en scène de Samuel Tilman, avec Fabrizio Rongione. Du 24 octobre au 9 novembre 2019 au Théâtre de la Toison d’Or (TTO).

Avec Homo Sapiens, Fabrizio Rongione revient au seul en scène après plusieurs années consacrées au cinéma et à la télévision. Un spectacle historico-comique qui s’amuse surtout des travers de la société contemporaine.

Revisiter l’histoire au regard du XXIe siècle

Savez-vous que les fake news ont été inventées par Sun Tzu dans l’Art de la guerre au VIe siècle avant J-C. ? Napoléon aurait-il conquis l’Europe s’il s’était occupé de son fils comme les pères modernes, trimbalant un maxi cosy lors de ses campagnes militaires ? En mettant en scène plusieurs personnes historiques célèbres dans des situations contemporaines, Rongione nous invite à une lecture critique de l’histoire. Il évoque ainsi des sujets longtemps occultés comme la place des femmes et des homosexuels dans l’histoire, mais aussi le racisme anti-arabe qui nous fait encore considérer les croisés du Moyen Âge comme des héros et les peuples ne faisant pas partie de l’empire romain comme des “barbares”.

Loin du politiquement correct, le comédien égratigne tout le monde sur son passage : les blancs comme les noirs, les féministes comme les machos, les “gitans” dans le métro ou encore les handicapés… n’hésitant pas à faire figurer Hitler dans une séance de yoga ou à se demander si les attentats du 11 septembre n’étaient pas “trop bien faits pour être un travail d’arabe”.

Les confidences d’un père et d’un mari

Si les blagues “historiques” sont inégales, Homo Sapiens parle en réalité surtout de l’époque contemporaine et de ses névroses. Sur le ton de la confidence, Rongione évoque ainsi fréquemment son expérience de père d’une petite fille et de mari d’une femme marocaine bruxelloise féministe. Les clins d’œil à Bruxelles sont d’ailleurs nombreux, de l’ “invasion française” à Ixelles aux déboires du piétonnier.

Réchauffement climatique, “trumpisation” de la politique, montée des populismes, précarisation des travailleurs… Les sujets d’inquiétude ne manquent pas dans notre société du “tout faire soi-même”, dans laquelle tous les processus de la vie quotidienne sont en voie d’automatisation. L’humour permet néanmoins de relativiser les angoisses du présent et de rire de nous-même.

Un spectacle à découvrir jusqu’au 9 novembre au TTO à Bruxelles.

Soraya Belghazi
A propos Soraya Belghazi 120 Articles
Journaliste - Responsable Arts/Expos/Musées du Suricate Magazine