Galloping Mind, un vent de liberté

galloping mind poster

Galloping Mind

de Wim Vandekeybus

Drame

Avec Jerry Killick, Natali Broods, Orsi Toth, Balázs Mészáros, Zsófia Rea

Sorti le 9 septembre 2015

Après s’être fait la main avec des courts métrages et des adaptations filmées de certains de ses spectacles (Here After, Blush, …), le chorégraphe Wim Vandekeybus se lance avec Galloping Mind dans son premier long métrage de fiction. C’est un mélodrame aux accents de tragédie grecque qu’il propose avec ce film tourné en Roumanie et en Hongrie, et parlé en anglais et en hongrois.

Dans une ville de l’Europe de l’Est, Sam et Sara vivent une relation passionnelle mais compliquée, principalement parce que le premier ne veut pas faire d’enfant à la seconde. Mais quand Sara apprend que Sam est le père de faux jumeaux issus d’une relation d’un soir avec une jeune femme esseulée, elle décide de couper les ponts avec lui et de voler l’un des deux enfants à la maternité pour l’élever comme le sien. Rasá et Pancsó grandissent donc de manière totalement opposées, l’une dans le cocon bourgeois que Sara a créé autour d’elle, l’autre d’abord avec sa mère dans un appartement miteux puis dans un gang d’enfants des rues suite à un événement tragique.

Si l’on peut craindre un trop grand misérabilisme face au sujet et à son développement, Wim Vandekeybus parvient complètement à le contourner en prenant à bras-le-corps l’aspect mélodramatique de son récit et en lui donnant toute la dimension de fable qu’il mérite. Si l’on sent parfois la tentation de faire dans le cinéma d’artiste contemporain – notamment lors de l’ouverture –, c’est bien dans sa manière d’embrasser pleinement le mélodrame que le film trouve son ampleur et sa particularité. On peut bien évidemment déceler ça et là des influences – ce qui est plus que normal concernant un premier film – mais les clins d’œil à Tony Gatlif, du côté chorégraphique, ou à Iñarritu, du côté mélodramatique, sont dépassés voire surpassés. Vandekeybus semble en effet avoir mieux cerné et géré les débordements sentimentaux et démonstratifs que ses aînés, pour donner naissance à une véritable forme de lyrisme.

Les scènes les plus étonnantes sont sans contestes celles avec le gang d’enfants, qui recrée un monde d’adultes, souvent dur, mais empreint de rêve et de désir de liberté. Entre les scènes chorégraphiées de vols à la tire et d’échauffourées entre eux, et les envolées lyriques du chef de gang, il y a aussi de beaux moments de respiration dans de sublimes séquences à cheval, qui donnent au film son titre mais aussi une dimension « « westernienne » totalement inédite.

Avec son style propre et sa dimension mythologique et poétique, le film de Vandekeybus apparaît comme un véritable espoir dans le paysage global du cinéma flamand, souvent parasité par la prédominance des produits commerciaux ou des films purement formalistes, ainsi que dans celui plus général du cinéma belge, dont il est assurément l’un des meilleurs représentants de l’année, pour le moment.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine

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