« Mon Légionnaire », hommes entre eux…

Mon Légionnaire
de Rachel Lang
Drame
Avec Louis Garrel, Camille Cottin, Ina Marija Bartaité, Aleksandr Kuznetsov, Naidra Ayadi
Sorti le 10 novembre 2021

Pour son second long métrage, la réalisatrice française – ayant fait ses études en Belgique – Rachel Lang s’intéresse à un milieu qu’elle avait déjà effleuré dans l’un de ses courts métrages et qu’elle connaît bien – et pour cause, elle a été elle-même lieutenant réserviste – : celui de l’armée. Plus précisément et comme le clame haut et fort son titre, Mon Légionnaire dépeint le quotidien de membres de la légion étrangère, ainsi que celui de leurs compagnes, en Corse où se trouvent leur base. Quand les hommes sont envoyés en mission à l’étranger, les femmes les attendent, s’ennuient et se posent des questions sur leurs couples respectifs.

Alors que le film s’attarde plus particulièrement sur deux couples, l’un tout récent (Vlad et Nika, joués par Aleksandre Kuznetsov et Ina Marija Bartaité), l’autre bien installé (Maxime et Céline, joués par Louis Garrel et Camille Cottin), et semble justement privilégier la piste du couple, de la difficulté de composer avec les absences du conjoint, du fait d’être « parqué » ainsi dans des maisons à proximité de la base, ou encore de la peur bien présente de la mort au combat, certaines séquences ou passages du film s’éloignent de ce chemin bien tracé de film finalement très « psychologique », voire « sociologique », notamment lors d’une mission des hommes au Mali, décrite longuement, à la manière d’un vrai film « d’action » ou « de guerre ».

C’est quand le film s’échappe ainsi de lui-même, qu’il quitte un peu les rails de son programme tout tracé, qu’il affirme sa singularité et prend une certaine forme d’ampleur. D’autant plus que, dans sa toute dernière partie, Mon Légionnaire révèle à demi-mot (où à demi-image) un secret qui le sous-tend. À la mort de l’un des personnages, un autre est presque « anormalement » bouleversé par sa disparition et, sorti de nulle part, ce bouleversement s’étend d’un coup à l’ensemble du film qui se voit retourné comme une crêpe. Les tous derniers plans, révélant ses deux personnages – en flashback donc – dans un corps à corps à la fois viril, sensuel et joyeux, achèvent de créer un véritable trouble et de renverser la perspective que l’on pouvait avoir sur le film. Les films qui ont ainsi des secrets, qu’ils choisissent de les dévoiler tout à fait, à moitié, ou pas du tout, ne peuvent pas être totalement mauvais.

A propos Thibaut Grégoire 368 Articles
Journaliste du Suricate Magazine