Frères de sang, laideur et misanthropie

Frères de sang
de Damiano et Fabio D’Innocenzo
Drame
Avec Andrea Carpenzano, Matteo Olivetti, Milena Mancini, Luca Zingaretti, Massimiliano Tortora
Sorti le 29 mai 2019

Lycéens pauvres et paumés habitant dans la banlieue de Rome, Manolo et Mirko voient leurs destins basculer lorsque, un soir, ils renversent un homme par accident et prennent la fuite. D’abord rongés par la culpabilité et par la peur des conséquences, ils se rendent vite compte que l’homme qu’ils ont tué étaient un indic dont la tête était mise à prix par un puissant clan mafieux. Les deux amis vont alors utiliser cet accident providentiel pour intégrer le milieu criminel.

On voit bien où le premier long métrage des frères D’Innocenzo va puiser ses inspirations : dans le film criminel italien des années 2000 (Gomorra, par exemple), mais également dans le néo-réalisme. On ne peut d’ailleurs que rapprocher Frères de sang d’un film sorti plus tôt dans l’année, Dogman de Matteo Garrone, qui s’appuyait également sur des références fortes du patrimoine cinématographique italien comme pour s’autojustifier, s’imperméabiliser à toute forme de critique, planqué derrière son verni culturel supposément inattaquable. Il n’est d’ailleurs pas étonnant de retrouver les frères d’Innocenzo au générique de Dogman, en tant que coscénaristes.

Mais là où Dogman était « sauvé » par certaines fulgurances de mise en scène, Frères de sang ne peut compter sur de telles saillies, tant l’univers visuel et la maîtrise des frères D’Innocenzo semblent limités. Le film est laid, défiguré par une photographie délavée censée surligner la misère et la crasse matérielle et morale dans laquelle évoluent les personnages. Mais il n’est pas laid que visuellement, tant la vision de l’humanité qu’il propose transpire par tous ses pores la misanthropie la plus avancée et la plus surjouée.

Film de festivals par excellence, caricature ultime du film social coup-de-poing qui se destine uniquement à épater le bourgeois, à faire voir au monde toute la laideur qui l’entoure, Frères de sang est, d’une certaine manière, un produit d’un autre temps, persuadé que sa vision nihiliste va choquer. Mais paradoxalement, il est aussi pleinement inscrit dans une mouvance totalement actuelle et cynique de film martyrologique dont le seul but est de casser ses personnages, de les regarder s’enfoncer et se détruire à petit feu.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine