“Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot”, un Van Sant qui ne va pas assez loin

Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot

de Gus Van Sant

Biopic, Drame

Avec Joaquin Phoenix, Jonah Hill, Rooney Mara

Sorti le 18 avril 2018

Le moins que l’on puisse dire c’est que Gus Van Sant n’est pas prêt de retrouver l’encens d’autrefois. Depuis une dizaine d’années, les films du cinéaste américain sont loin de conquérir le cœur des critiques comme c’était le cas à l’époque de Good Will Hunting ou encore de Elephant dont les retours étaient dithyrambiques. Et ce n’est pas le petit dernier Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot qui va défrayer la chronique : A nouveau, c’est avec beaucoup de déception que le film est reçu. Pourtant, Gus Van Sant revient avec une recette qui avait assez bien fonctionné dans Milk, biopic retraçant le combat du superviseur Harvey Milk en faveur des droits homosexuels. Dans Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot, c’est à nouveau un personnage emblématique, il y a à nouveau une dimension politique, et il y a à nouveau une lutte sauf que cette fois, ce n’est pas un politicien mais bien un cartooniste dont il est question.

C’est une histoire assez folle qui est mise à l’honneur car c’est seulement après avoir été victime d’un accident de voiture, qui l’a rendu tétraplégique, que John Callahan s’est découvert un talent de caricaturiste. Avant cela, John, qui souffrait d’une dépendance à l’alcool assez violente, passait ses journées à boire. C’est d’ailleurs parce que le conducteur, un ami de beuverie, était en état d’ivresse lorsqu’il a confondu un panneau lumineux avec une sortie que notre antihéros notoire a perdu l’usage de ses membres. Et puisque à quelque chose malheur est bon, c’est suite à son accident que John rencontrera celle qui, par amour, le poussera à se défaire de ses travers, en entamant une cure de désintoxication aux côtés de Donnie interprété par Jonah Hill, impressionnant dans le rôle du mentor.

Si Gus Van Sant, dont aucun film ne se ressemble mais dont tous les films ont des points communs, ne perd pas la main sur certains aspects qui font le charme de son cinéma comme sa manière toujours un peu étrange de traiter de faits divers, ou encore son rapport assez singulier à la temporalité, et si le personnage dont il choisit de parler est assez particulier que pour devenir intéressant – un ancien alcoolique dont le destin est bouleversé, il y a de quoi être ému –, on peut aussi comprendre pourquoi Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot ne fait pas l’unanimité. En effet, le réalisateur se concentre fort sur les problèmes de boisson du protagoniste et sur sa paralysie, alors que nombreux autres aspects de sa vie pourraient être développés comme sa passion du dessin, son regard acerbe sur le monde, son enfance un peu chaotique, son histoire d’amour, … Et ce manque d’approfondissement du caractère a pour conséquence non seulement de rendre le film un peu plat, mais aussi d’ajouter une dimension pathétique qui n’est pas forcément nécessaire. Il est quand même juste de préciser que si le spectateur reste un peu sur sa faim, ce n’est pas dû au jeu d’acteur de Joaquin Phoenix qui se glisse assez bien dans la peau du personnage perdu mais attachant, et dont on pouvait déjà admirer les prouesses dans To Die For, l’une des premières œuvres de Van Sant. Mais finalement, en sortant du cinéma, on n’en sait pas tellement plus sur Callahan qu’en y entrant, excepté que l’homme a pas mal souffert. On en apprend plus en regardant la série Quads !, réalisée par le concerné lui-même.

Mais Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot n’est pas non plus à jeter,  on rentre assez bien dans le film pour passer un “bon” moment en compagnie de Callahan et des alcooliques anonymes. Et certes, il y a des défauts comme le manque de profondeur, mais des défauts qui sont pardonnables dans un film de type un peu plus « grand public ». Et c’est justement l’aspect un peu commercial du film qui dérange, ce qui n’aurait certainement pas été le cas si l’œuvre n’était pas signée Van Sant que l’on considère toujours comme grand adepte du cinéma d’auteur. Mais son cinéma a changé et c’est donc avec un autre regard qu’il faut apprécier ce film.

Cheyenne Quévy
A propos Cheyenne Quévy 59 Articles
Journaliste du Suricate Magazine