Dieu Aboie-t-il ? ou Adorable pucelle au Théâtre de la Flûte Enchantée

de François Boyer

Mise en scène : Robert Dubois avec Robert Dubois et Julie Dupraz

Du 18 avril au 11 mai 2014 au Théâtre de la Flûte Enchantée

Maria comprend le langage de la nature : elle arrive à prédire un tremblement de terre en écoutant ce que lui disent ses chiens. Afin de tirer cette affaire au clair, Sotcchi, le policier, curé et juge de l’île vient lui rendre une petite visite qui va vite s’éterniser.

Ni une réussite totale, ni un ratage, Dieu Aboie-t-il ? ou Adorable pucelle  tâtonne sans totalement convaincre son public. Ce qui est voué à devenir, on le devine très tôt, une histoire d’amour entre deux personnages que tout oppose ne convainc pas tout à fait pour plusieurs raisons. Premièrement, les deux personnages sont diamétralement opposés : elle est une sorte de boule d’énergie dont les humeurs, au diapason avec la nature, changent aussi souvent que brusquement et il est tout engoncé dans ses différents rôles sociaux. Elle est entière, il est parcellaire.

Dans cette fracture réside la difficulté du texte : comme ses deux personnages, qui sont l’opposé l’un de l’autre, l’auteur passe tout le temps de la poésie presque tragique d’un texte profond à un humour potache. Malheureusement, l’équilibre déjà précaire est mis à l’épreuve par une mise en scène qui au lieu de tisser des points communs entre les deux pour les rapprocher, grossit leurs traits, les éloignant encore plus. Maria, jeune et en robe rouge, est une pile électrique sans aucune limite alors que Sotcchi est terne, beaucoup plus âgé, et raide. Les comédiens prennent des poses de tragédie pour brutalement casser ce parti-pris de mise en scène par de bonnes grosses blagues.

Ces différences trop appuyées par la mise en scène de Robert Dubois font qu’on a du mal à comprendre le rapprochement de ces deux êtres et que la sauce ne prend pas vraiment. La pièce hésite entre deux tons qui auraient pu être tous les deux satisfaisants si la mise en scène avait fait un choix plus clair sur le chemin à suivre.

Le texte est servi par deux prestations honorables même si parfois exagérées. Julie Dupraz, tout juste sortie du conservatoire, tient la distance avec une belle énergie face à Robert Dubois, un comédien visiblement plus chevronné. Malgré tout, le résultat reste plaisant et amusant même si on aurait préféré que l’humour de farce ne vienne pas systématiquement désamorcer la beauté du texte.

Mathieu Pereira
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