Birthday : et si c’étaient les hommes qui accouchaient ?

© Debby Termonia
© Debby Termonia

Une pièce de  Joe Penhall mise en scène par Julie-Anne Roth avec Eno Krokjanker, Anabel Lopez, Nancy Nkusi et Dominique Pattuelli. Du 9 au 25 juin 2022 au Théâtre de Poche à Bruxelles.

Suite à un grand succès auprès du public britannique, la pièce Birthday de Joe Penhall a été traduite en français et mise en scène par Julie-Anne Roth pour le Poche. Dans cette tragi-comédie, un couple partage ses angoisses d’un accouchement à l’hôpital… sauf que c’est l’homme qui est « enceint » ! Un spectacle drôle et engagé qui offre une critique à la fois des rôles genrés au sein de la famille, mais aussi du système public de santé.

Dédramatiser l’accouchement tout en soulignant son caractère tabou et traumatique

Dans Birthday, Ed et Lisa forment un couple atypique. Ils arrivent à la maternité pour un accouchement programmé par césarienne mais c’est Ed qui porte leur petite fille. Si l’inversion des genres permet de questionner les stéréotypes sur la maternité et de porter un regard féministe critique sur l’accouchement au XXIe siècle, ce n’est qu’un des ressorts du comique. Eno Krokjanker est tordant dans son rôle d’homme « enceint » : son ventre rebondi, sa démarche et ses intonations contribuent grandement au succès de la pièce. Sa compagne, interprétée par Anabel Lopez, est aussi convaincante dans son rôle de femme d’affaires à la fois stressée et compatissante.

Le sujet n’est pas aussi léger qu’il en a l’air car Birthday aborde de manière frontale plusieurs sujets tabous sur la grossesse et l’accouchement : la douleur, bien sûr, mais aussi les effets secondaires sur le mental et l’affectif, les sentiments de dégoût, les violences obstétricales, etc. La deuxième moitié du spectacle adopte d’ailleurs un registre un peu plus sombre en alternant répliques comiques et drame intimiste, accordant une place importante à des questions difficiles comme le (non) désir d’enfant, le racisme, les séquelles parfois définitives laissées par l’accouchement sur le corps des mères et des enfants, ou encore le regard de la société sur les couples « différents ».

Les dérives de la surmédicalisation des naissances

À travers les personnages de la gynécologue et de la sage-femme, Birthday aborde également la question de la place des professionnels de la santé dans l’accouchement. Sous-financement des hôpitaux, sous-effectifs et recours à de jeunes internes insuffisamment formés, prise en charge pas toujours optimale de la douleur… les défis ne manquent pas et contribuent au sentiment de frustration et d’impuissance de nombreux (futurs) jeunes parents. Sans dénigrement aucun, Penhall souligne les contraintes auxquelles est soumis le personnel soignant et la difficulté qu’ils ont à offrir aux parents un soutien personnalisé adapté à leurs besoins.

Bien que la deuxième partie du spectacle ait un peu moins de peps que la première, la mise en scène dynamique de Julie-Anne Roth permet d’éviter tout ennui, grâce notamment à quelques brefs intermèdes musicaux où la danse et les effets de lumière font sortir un instant les personnages de leur rôle pour rythmer les transitions pendant 1h25 sans entracte. Un vrai moment de plaisir et de « rire intelligent » pour ceux qui ont fait l’expérience de l’accouchement en hôpital, comme pour les autres.

A propos Soraya Belghazi 264 Articles
Journaliste - Responsable Arts/Expos/Musées du Suricate Magazine