Au BIFFF, il y a les films qui nous émerveillent, ceux qui nous laissent indifférents, ceux qui nous donnent un gros coup d’adrénaline, ceux qui nous foutent en rogne et ceux qui nous laissent avec l’impression de s’être fait violer le cerveau. Et hier, on a eu tout ça en une seule journée. C’est parti pour une journée qui nous a retourné le cerveau et l’estomac.

Luger : Estafas, delitos y botánica
Aaaaaah débuter sa journée au BIFFF avec un film comme Luger, c’est l’équivalent d’un double expresso. Avec du red bull, une trace de coke et une injection directe d’adrénaline. Ouais, rien que ça. Il faut dire que Bruno Martin sait y faire. Biberonné aux films de Guy Ritchie, le monsieur ne connait qu’un chemin dans son film : le plus court. Quand il s’agit de briser un bras, casser des gueules ou buter quelques personnes, on voit qu’il a l’habitude.
Dans Luger, on suit Rafa et Toni qui sont deux gars à qui tu fait appel pour rendre ton ex paraplégique ou pour retrouver ton alliance perdue…si tu l’as perdue entre les jambes d’une prostitutée qui te fait chanter. Ils vont débuter leur journée par un job à priori banal et tout va partir petit à petit en sucette dans une escalade de violence toujours plus intense. C’est le souffle court qu’on sort de cette séance, tellement l’heure et demi passée devant Luger est prenante. Porté par un excellent casting et un montage épileptique, ce Luger c’est une petite pépite qui part de manière incontrôlable mais reste toujours néanmoins dans certains codes du genre. Le genre de belle surprise que le cinéma espagnol nous offre depuis suffisamment d’années pour que ce ne soit plus vraiment une surprise. Assurément le genre de péloche qui peut revendiquer quelque chose dans la compétition thriller. Même si la compétition est rude ! O.Eg.
Animal attrapé pour le BIFFFODEX : un Mackogneur.

Yesterday Island : le jour de la Mærmøt
Je vous confiais hier dans ma chronique pour Gosh !! que j’adorais le comique de répétition. Mais par contre, les blagues qui se répètent, c’est pas trop mon truc. Ou bien le contraire. Nourrissant donc mon syndrome du personnage principal, l’organisation du BIFFF décidait de programmer dans la foulée ce Yesterday Island, histoire de mettre de l’eau dans ma paroisse et repartir dans un délire de répétition dans ma chronique. Mais comme je vous l’ai confié hier, je ne supporte pas l’humour de répétition et il est donc hors de question que je me répète dans mes articles. Même si j’aime encore bien quand on répète des blagues. Mais ça, c’est un autre sujet.
Parce qu’avec Yesterday Island, on tient un petit bijou de genre, et ce à bien des égards. Déjà grâce à sa simplicité. C’est d’ailleurs tout ce qui fait la beauté de la réalisation de Sam Voutas. Il part dans une direction claire et assumée et arrive à nous emmener avec des moyens limités mais surtout parce que son film ne se donne pas des ambitions qu’il n’a pas. Débarqué sur une île proche de l’Antarctique, Amos constate très vite que les journées se ressemblent un peu trop. C’est à partir du troisième piaf qui vient faire une attaque kamikaze sur sa fenêtre qu’il comprend : il revit la même journée encore et encore. Et le seul moyen de s’échapper, c’est de faire venir quelqu’un qui va prendre sa place. Comme toute personne saine d’esprit, il va donc appeler son ex qu’il déteste pour l’inviter à venir lui dire bonjour. Vous voyez de quelle ex je parle ? Oui oui, celle-là.
Comment fonctionne la time loop de l’île ? Rien à foutre. Qui sont les voisins zoologistes ? On s’en carre. Pourquoi un de ces zoologistes vient tuer les deux autres tous les jours au même moment ? Bats les steaks. Enfin un film qui ne se sent pas obliger de tout expliquer en permanence et qui va laisser des énormes questions sans réponse de manière assumée et vous savez quoi ? On adore ! Voilà une production rafraichissante qui joue avec les codes du genre pour se les approprier et les modeler à sa façon et qui ne se sent jamais obligée d’aller dans une direction ou dans une autre. Assurément, si Wes Anderson devait faire un film de boucle temporel à petit budget, il ressemblerait à Yesterday Island. Un magnifique éloge de la simplicité qui nous démontre que faire un bon film, ça n’a pas l’air si compliqué. Mais c’est quand ça a l’air si simple que c’est difficile. O.Eg.
Animal attrapé pour le BIFFFODEX : le pigeon kamikaze.

Whistle : Destination Sifflable
Autant vous le dire tout de suite, à l’heure de la technologie dans le sport et le cinéma, ce Whistle est totalement anachronique. En effet, il met en scène des adolescents qui trouvent un sifflet maya antique qui va invoquer leur propre mort pour la provoquer plus rapidement. Mais Corin (ndlr : Hardy, le réalisateur de cette péloche du samedi soir) tu vis en 1960 ? C’est fini maintenant l’arbitrage au sifflet ! On a le VAR pour pouvoir être certain de prendre les bonnes décisions dans les matches et apporter enfin plus de justice dans le sport.
Par exemple, dans la séquence de début, Horse marque le panier gagnant pour son équipe avant de mourir, immolé par le feu dans sa douche…mais AH AH AH AH ! Attendez ! Nous avons un appel du VAR qui va revoir l’action. Oooooh, on voit bien ici qu’avant de tenter son shoot gagnant, Horse a fait une faute de pied ! En plus, il y a un accrochage au début de l’action lors de son immolation. L’arbitre a consulté les images. Il va rendre sa décision. PENALTY EN FAVEUR DU REAL MADRID !!!!
La loi est dure, mais c’est la loi. Petit kiff quand-même de retrouver Nick Forst en professeur addict à la clope qui va essayer de se faire de la thune sur le dos des adolescents. Avec une mort plutôt sympa qui l’attend d’ailleurs mais AH AH AH ! Attendez ! L’assistance vidéo appelle l’arbitre pour revoir l’action. Ah oui. C’est très clair avec le ralenti. Au moment où Nick Frost souffle dans le sifflet, on voit que sa bouche n’est pas entièrement posée sur le coin. Elle est suffisamment décollée pour que la malédiction ne s’applique pas. Voilà. Monsieur José Sanchez revient et va sûrement annuler la décision. Et oui ! PENALTY EN FAVEUR DU REAL MADRID !!!!
Vous l’aurez compris, Whistle c’est Destination Final mais avec un sifflet. Les morts des adolescents à la chaîne de manière de plus en plus atroce, la malédiction avec leur mort qui les cherche, le moment où ils vont essayer de tromper la mort, les personnages externes qui s’en mêlent, on connaît. Pas de traces d’originalité dans le scénario donc et pas beaucoup plus dans la réalisation. Corin Hardy nous livre un produit très classique. Avec une certaine efficacité mais sans plus. Et si le VAR s’appliquait aux films, il nous permettrait sûrement de revoir certains passages qu’on a déjà vus des dizaines de fois dans d’autres longs métrages. Ah mais d’ailleurs je vois Michael Oliver qui met la main à l’oreille ! On lui parle dans l’oreillette ! Sûrement pour revoir la phase litigieuse dans la dernière mort ! Eh oui, c’est bien ce qu’il nous semblait, il y a hors-jeu au départ de l’action ! D’un poil de cul mais c’est la règle. Monsieur Oliver n’hésite pas, il s’avance avec son sifflet en bouche ! PENALTY EN FAVEUR DU REAL MADRID !!!!! O.Eg.
Animal attrapé pour le BIFFFODEX : un VARan

Mortuary Assistant : une chronique NRV
Ça y est. Ça devait bien arriver à un moment dans le festival. Il faut dire que pour le moment, même les mauvais films avaient un charme et arrivaient au moins à nous arracher un demi sourire pour la peine. Mais là. Là, c’est trop. Là c’est la moutarde qui fait déborder le vase. Excusez je suis arrivé énervé. Je sais bien tout n’est pas de votre faute mais j’ai l’impression qu’on m’a donné la grosse kluut du BIFFF là hein, le fond du panier ! Et pourquoi elle fait ça ? Mais, c’est la troisième fois qu’elle se fait avoir par le démon de la même manière bordel ! PUTAIIIIIIIN !!!!! Ok ça y est, CE FILM M’A ÉNERVÉ !!!
Et la STIB qui n’est jamais à l’heure merde ! On te demande de prendre les transports en commun, ils sont pas foutus de faire fonctionner un métro sans te bloquer tous les deux arrêts en te disant « votre métro va repartir d’une minute à l’autre ». MAIS QUAND TU REDÉMARRES BORDEL ???
Et toi l’autre débile qui te gare en marche avant au lieu de faire une marche arrière ! Personne va te la prendre ta putain de place, ça valait la peine de presque m’écraser ? TA MÈRE ELLE SUCE DES OURS !!!!
Et ce connard qui se gare avec ses warnings dans son 4×4 de merde en double file pour aller acheter un truc Chaussée de Gand. EH CONNARD ! C’EST PAS UNE PLACE DE STATIONNEMENT !
Et les kékés consanguins qui font des courses de moto sur le Boulevard du Centenaire. Tu t’es cru dans Fast and Furious ? TU CONDUIS UN PUTAIN DE SCOOTER KEVIN ! RENTRE CHEZ TOI !
Et les gens qui t’appellent pour te dire qu’ils t’ont envoyé un mail. Non mais la prochaine fois prévois une réunion zoom tant qu’on y est Monique ! J’AI PAS TON TEMPS MERDE !!!
Et les idiots du village qui te voient arriver en face d’eux, forment un groupe qui prend tout le trottoir mais te regardent avec des yeux de poisson rouge sans pour autant s’écarter pour te laisser une place pour passer. BOUGE TON PUTAIN DE CUL !!!
Et les groupes de touristes espagnols qui se rassemblent comme des moutons avec leurs audioguides de merde et sont pas foutus de faire attention aux autres personnes sur le trottoir. ALLEZ À BRUGES BORDEL !!!
Et les supporters de l’Union qui ont découvert le football en 2021 alors qu’avant ils méprisaient tous ceux qui en regardaient. Tu cherches juste une excuse pour justifier que tu te bourres la gueule un dimanche après-midi Anatole ! Arrête de faire semblant, FERME TA GUEULE ET VA BOUFFER TON QUINOA !!!
Et les illuminés dans la rue qui t’abordent avec leurs bibles et leurs cours de religion gratuits. MAIS VA TE FAIRE DÉPUCELER MARIE-SOPHIE ET ME CASSE PAS LES COUILLES !!!
Et les gars qui veulent te vendre un abonnement à Oxfam ou toute autre cause en te culpabilisant alors qu’ils sont payés à la commission pour faire ça et que la seule chose à laquelle ils pensent, c’est leur thune et pas la cause qu’ils disent défendre. LA PROCHAINE FOIS JE REVIENS AVEC UN HUMMER ET JE VOUS ROULE DESSUS !!!
Et les gens radins ! Les ordures qui parlent mal aux serveurs ! Les gens qui disent « merki » ! Les meufs qui te disent dans leur bio Hinge que tu dois les faire rire ! JE SUIS PAS UN CLOWN BORDEL !! LES GENS DE GAUCHE !!! LES GENS DE DROITE !!! LES PUTAINS DE CENTRISTE !!! ET CETTE CONNE QUI TOMBE POUR LA TROISIEME FOIS DANS LE MEME PANNEAU DANS CE FILM DE MERDE !!! MAIS PUTAIN TU VAS FINIR TON EXORCISME A LA CON !!!! ET DANS QUEL MONDE TU NOUS FOUS 30 MINUTES DE DIALOGUE POUR TERMINER TON FILM ????? AAAAAAAAAAAH O.Eg.
Animal attrapé pour le BIFFFODEX : un raton laveur avec la rage.

Fuck my son : non merci !
Alors. Fuck My Son. J’ai dû laisser passer une nuit de réflexion sur moi-même et sur l’humanité dans son ensemble pour rassembler mes idées et savoir ce que je pensais du film. Autant vous le dire tout de suite : ça n’a pas aidé. Commençons par le début du commencement : oui Fuck My Son peut choquer mais on est à des années lumières de Serbian Film et heureusement. On n’est d’ailleurs pas du tout dans la même vibe. Parce que la production de Todd Rohal arrive à rendre presque drôle les choses les plus immondes. Ici, pas de subtilité, pas de tergiversations, on est dans le crade, le visqueux, le suintant et le film qui a clairement le potentiel de vous faire vomir si vous avez une imagination trop débordante et votre lunch qui passe mal. Mais est-ce qu’on a aimé Fuck My Son ? Aimer est un grand mot. On va dire qu’il restera mémorable, ça c’est sûr. Déjà par son mauvais goût totalement assumé. Par ses scènes de nudité frontale en introduction qui donnent directement le ton et pour ce personnage du fils, une sorte de Sinok lubrique mixé avec un hentai de tentacules, mais aussi pour la manière dont il arrive à rendre l’horreur à l’écran. Parce que malgré la drôlerie visuelle des séquences, le sous-texte traumatique reste bien présente et monte crescendo jusqu’à une séquence finale qui constitue peut-être une certaine vision du summum du mauvais goût et de l’immonde. Glauque sans être horrible. Trash sans être perturbant. Choquant avec un sourire en coin. Fuck My Son est une expérience. Est-on heureux d’avoir vécu cette expérience ? Vous demanderez ça à ma psy après notre séance de fin avril parce que je suis incapable de répondre à cette question. Mais on l’a vu. Ah ça, on l’a vu. O.Eg.
Animal attrapé pour le BIFFFODEX : un syndrome post-traumatique.
Olivier Eggermont
