[BIFFF 2022 : Jour 2] Du caca, des petits paquets, un concours de limbo et des esprits sénégalais

C’est comme le Scare Package, c’est marqué dessus

Le deuxième jour au BIFFF, c’est là où on va découvrir les vrais, ceux qui se pointent dès 14h pour mater des films parfois improbables. Afin de récompenser les aficionados les plus acharnés, les programmateurs ont eu la bonne idée de présenter une anthologie en premier film (hors ouverture) et sa suite en dernier film (hors clôture). Son petit nom ? Scare Package. Prévu en 2020 pour un BIFFF qui n’a pas eu lieu, il est reprogrammé en 2022 afin que le public comprenne sa suite. Entre les plantages organisationnels des premiers jours et le retard rituel d’Olivier, je peux enfin découvrir ma première séance dans le nouvel antre du BIFFF. Bien placé entre mon charmant collègue retardataire et une charmante dame retardataire qui n’a pas pu trouver d’autres places alors qu’on est 10 dans une salle de plusieurs centaines de places, ma concentration allait être mise à rude épreuve. Heureusement, Scare Package n’est pas une trouducuterie insupportable mais une anthologie du film de genre parsemée de plein de trouvailles tout en rendant hommage au genre qu’elle affectionne (je pense surtout au personnage central qui a comme boulot de préparer les films : changer la direction d’une flèche, couper l’électricité, maudire une poupée, etc.). Seul petit bémol, la fin tire un peu en longueur. Malgré tout, on est prêt pour le numéro 2 dans dix jours ! L.S.

The Cursed : la proie des hommes morts en sweat

Se croyant déjà habitué aux retards, on prend notre temps pour récupérer la place, boire un godet et se fumer une garot. Pas de bol, le film à commencer à l’heure, il y a du monde dans la salle et la scène d’introduction se passe en pleine nuit. On cherche les escaliers à l’aveuglette et on évite de s’asseoir sur les genoux de quelqu’un. On tente une place tout en haut et coïncidence, on retrouve la madame de tantôt. Chacun son tour ! Mais finit de divaguer, cette fois le film est sérieux ! The Cursed : Dead Man’s Prey démarre sur une enquête bizarroïde : comment un homme mort depuis trois mois peut être le coupable d’un meurtre ? Et c’est qui ce mec disparu depuis des mois qui vient annoncer en live YouTube qu’il va tuer trois personnes et qu’il donne même les jours et les heures des assassinats ? Im Jin-Hee, la journaliste qui interviewe le mec zarbi, se rend bien compte qu’il y a quelque chose de louche derrière tout ça et que c’est sorcellerie messire ! Quand le jour du premier meurtre arrive, toutes les forces de la police sont mises à contribution mais que peuvent-il faire contre une armée de 100 morts vivants en sweat-capuche qui ne craignent ni les balles ni les coups ? En tout cas, nous, on peut dire que les Coréens ils sont quand même fortiches pour faire des films et c’est encore une fois une belle réussite de deux heures sans temps mort. Quand on s’amuse, on ne voit pas le temps passer et il est déjà l’heure de se séparer : mon collègue reste en Ciné 1 et je me préparer à la Ciné 2 en bronzant dans les transats du bar extérieur en sirotant une Troll bien fraîche. L.S.

Saloum : Saloum alekhem mes gâtés

C’est ça qui est beau avec le BIFFF : on voyage. Entre un film d’esprit coréen et son équivalent sénégalais, il n’y a qu’une salle et une (des) Troll(s). Et ce Saloum avait d’emblée piqué notre curiosité. Sûrement encore un réflexe post-colonialiste à la con. Bon, je m’arrête là sinon dans vingt lignes je vais vous expliquer pourquoi il faut retirer les statues de Léopold II de l’espace public.

Dans ce Saloum, on suit les aventures des Hyènes de Bangui, un groupe de mercenaire que l’on appellera par facilité Shenzi, Ed et Banzaï. Alors qu’ils doivent rapatrier le Pablo Escobar de chez Wish au Sénégal, ils sont obligés de faire une escale dans un Club Med douteux tenu par l’équivalent sénégalais de Michel Fourniret. Autant dire que l’accueil est chaleureux.

Totalement inclassable et pétri d’une ambiance qui vogue entre Carpenter et un documentaire Arte, ce Saloum ne nous surprend au final pas tant que ça mais arrive tout de même à nous transporter. Porté par une photographie magnifique et un casting charismatique, le fim de Jean Luc Herbulot exploite avec efficacité un concept déjà vu de nombreuses fois pour nous donner une version africaine de The Village. Ça ne casse pas trois pattes à un chat qui craint l’eau mais l’envie est là malgré quelques erreurs et quelques moments moins réussis. À revoir assurément. Et comme on dit au Sénégal, « Un morceau de bois a beau séjourner dans l’eau, il ne deviendra jamais un caïman. » O.E.

Das Schwarze Quadrat : un vaudeville artistique allemand

Si l’écran en Ciné 1 nous donne envie de nous éloigner dans la salle, la taille de celui du Ciné 2 nous pousse vers les premiers rangs. Je démarre la séance sans trop savoir à quoi m’attendre et il faut avouer que la surprise est de taille ! The Black Square est un film vraiment très drôle qui ne va jamais où on l’attend. L’histoire débute par le vol du fameux Carré noir sur fond blanc de Kasimir Malevitch par Vincent et Nils, un ancien peintre devenu voleur et un jeune débutant dans le métier. En fuite, ils ne trouvent pas leur contact qui est censé leur apporter des fausses identités afin d’embarquer sur une croisière où ils doivent livrer le tableau. Pas le temps de niaiser, ils assomment deux voyageurs et chopent leur identité et leur valise. Ils sont maintenant deux sosies (David Bowie et Elvis Presley) engagés pour animer les passagers. Il va falloir jongler entre leur mission, leur nouveau boulot, une tueuse, les spectacles, le vol du tableau et de multiples contrefaçons à l’odeur de pisse. Rien que pour voir Sandra Hüller (en vieille fille coincée qui cache une tueuse sans pitié) et Bernhard Schütz (le vieux voleur) faire leur show, le film mérite d’être vu. Mais les nombreuses trouvailles et l’humour bien rythmé du film font aussi mouche. Une chouette séance et un BIFFF qui commence bien ! L.S.

Limbo : ambiance Club Med

Quelle déception. Nous nous étions pourtant chauffés à bloc et entraînés comme jaja. Et même sur la musique de Rocky. C’est vous dire si toute l’équipe du Suricate prenait ce Limbo très au sérieux. Vous imaginez donc notre déception lorsque nous sommes arrivés dans la salle. Pas de barre tenue à la verticale, pas de musique dansante, pas de flexion des chevilles pour se glisser en-dessous de la barre d’un pas chaloupé et pas de Piña Colada pour accompagner tout bon concours de limbo. Le retour à la réalité est amer. À la place, un film hongkongais en noir et blanc. Deux salles, deux ambiances. Mais passé notre chagrin initial, nous entrions dans l’ambiance de ce Limbo aussi vite qu’un puceau pour sa première fois chez les putes. Et les putes, Cham Lau et Will Ren connaissent puisqu’ils en ont quelques-unes dans un frigo. Mortes malheureusement. C’est tout de suite moins drôle.

Après avoir vu sa femme se faire faucher comme un lapin en plein vol, Cham Lau alterne entre ses envies de vengeance pour la femme responsable de l’accident (Wong To) et une enquête sur un serial killer qui s’en prend à la lie de la société hongkongaise. Parce que quand je vous dis Hong Kong, vous pensez à quoi ? Des grands buildings, de la richesse, le 41e PIB nominal en 2021 avec une dette nationale de 6.780 millions d’euros (soit un ratio dette/PIB de 2,14%) et le fait que chaque fois qu’on évoque le nom de ce pays vous pensez à King Kong, n’est-ce pas ? On pense beaucoup moins à la pauvreté, la prostitution, la drogue et les rues jonchées de détritus. Oui d’accord, c’est la même chose sur le piétonnier de Bruxelles c’est vrai. Mais c’est dans ce monde parallèle que le réalisateur Soi Cheang va nous emmener. En addition au noir et blanc du film, cette immixtion dans les bas-fonds de Hong Kong va donner au film une ambiance plus poisseuse, plus sale et plus malsaine qui se rapproche des standards des thrillers coréens ou d’un Seven.  Plutôt classique et frôlant parfois le cliché sur certains points (la traque du tueur, le duo de policiers), ce Limbo n’en reste pas moins efficace et de bien belle facture. Et même si nous n’avons pas pu démontrer notre souplesse légendaire, c’est avec un grand sourire que l’on quittera la salle. O.E.

« Holy shit ! », Scheiße !!!!!

Direction la salle Ciné 2 pour un film qui promet de bonnes et franches rigolades : Holy Shit ! Véritable ovni cinématographique, cette petite production teutonne nous présente Frank, un architecte bloqué dans une Dixi Cabine (ou Cathy Cabine pour les Belges ; ou unité sanitaire autonome en polyéthylène au concentré liquide à effet neutralisant pour les Parisiens). Quiconque a déjà mis un pied dans un festival plus de deux jours aura compris toute la détresse de notre protagoniste. Mais ce n’est pas tout ! Non seulement Frank est coincé avec l’ami Wilson gravé dans une planche de toilettes, mais Frank est aussi lourdement blessé par une tige en acier traversant son avant-bras suite à la chute de la susnommée Dixi dans un trou. Couvert de sang et d’excréments, Frank doit sortir avant que le chantier ne soit réduit en poussière par une explosion programmée. Mais Frank n’est tout à fait seul, une mandataire écolo ligotée à l’extérieur pour avoir voulu installer des toilettes sèches est également en danger.

Holy shit ! possède tous les ingrédients pour faire passer un bon moment au public du BIFFF : du cul, du caca, du sang, un mauvais méchant et des conneries. Huis-clos nous présentant une sorte de MacGyver en col blanc, ce film au budget modeste recèle autant de défauts que de qualités, savant mélange pour le rendre culte dans son genre. Frank est admirablement interprété par un acteur dont on ne vous dira pas le nom, car vous n’en avez rien à faire et vous ne le retiendrez de toute façon pas.

Quant à la morale de l’histoire, elle est très simple : Frank a réussi en 30 minutes ce que James Franco a fait en 127 heures, ce sont donc bien les Allemands qui gagnent toujours à la fin. M.M. 

The Killer : ÇA VA CHIEEEEEEEEEEEER

Quand tu intitules ton film The Killer, y a intérêt à envoyer du lourd derrière. Parce que pour beaucoup, c’est le film de John Woo en 1989. La barre est placée haute et non, je ne parle pas de limbo comme dans la dernière chronique. Et la réalisation de Jae-hoon Choi tient toutes ses promesses. Sorte de croisement coréen entre John Wick et Taken, le film débute plutôt tranquillement pour nous proposer ensuite une avalanche de baston. Et ça, au BIFFF, on aime particulièrement ! Car quand Ui-gang se rend compte que la mioche qu’il est sensé garder pendant deux semaines est la cible d’un réseau de prostitution à grande échelle, il va défoncer des mafiosi.

Petit bijou d’action, The Killer se classe très clairement dans le rayon des films cathartiques dans lesquels le héro est intouchable ou presque et où les cadavres s’empilent aussi vite dans sa quête vengeresse que les MST pour Rémy. Alors oui, on a bien kiffé pendant un peu plus d’une heure et demi même si le film tire un peu en longueur sur la fin et que la conclusion en plusieurs parties donne un aspect inutilement long à celle-ci. Mais ne boudons pas notre plaisir, on était là pour voir de la baston et le BIFFF a comblé nos désirs. Loué sois-tu, BIFFF tout-puissant. Amen. O.E.

Loïc Smars, Matthieu Matthys et Olivier Eggermont

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Fondateur et rédacteur en chef du Suricate Magazine