[BIFFF 2021 online : Jour 4] qui ne dit mot consent ?

Keeping Company : la psychose du vendredi soir

N’avez-vous jamais rêvé d’écharper ces représentants commerciaux qui se pointent à votre porte un dimanche matin pour vous vendre une assurance ou le pardon éternel et la miséricorde de Jésus-Christ ? Eh bien Lucas a réalisé votre fantasme en faisant visiter sa cave aménagée en geôle à Sonny et Noah. Lucas c’est le Norman Bates local, il vit avec sa grand-mère mais contrairement à la mère de Bates, celle-ci est bien vivante et tient une petite boucherie artisanale avec les gens que son petit-fils capture comme ingrédient principal. Et tout ça se retrouve au McDo pour engraisser la populace. C’est ce qu’on appelle le cycle de la vie.

Keeping Company est le genre de film qu’on déguste entre potes avec quelques bières, une bonne ambiance et une prostituée qui tourne. Il n’a pas pour vocation d’être un chef d’œuvre mais plutôt un hommage à un film comme Psychose en version comédie noire. Et ça marche plutôt bien puisqu’on se prend très vite au rythme de la réalisation et au très bon jeu des différents acteurs. Et maintenant je sais ce que je vais offrir aux Témoins de Jehovas qui sonnent chaque année chez moi.

Vera de Verdad : des racines et des ailes

Imagine, tu fais une fugue et tu te casses de chez tes parents pendant deux ans. Tu n’as que 16 ans mais au diable les conventions, tu comptes bien profiter un peu de la vie. Du coup à coup de méthamphétamine et de sexe avec des inconnus, tu fais vite plus vieille que ton âge. Deux ans plus tard, avec le cerveau à la ramasse comme Olivier Giroud sur un terrain de football, tu te pointes à poil chez tes vieux en prétextant que « tu as suivi une lumière » et que tu as été dans la peau d’un chilien d’une quarantaine d’année. Crois-le ou non, les parents de Vera ont avalé le tout comme une lettre dans du beurre. Mais avant d’être une ode à la drogue infantile, Vera de Verdad est surtout un hommage à l’improbabilité de la vie, à la connexion infiniment spirituelle entre deux êtres que tout sépare et au mystère de l’existence et de la relativité de son déroulement. Vous me suivez ou je dois encore sortir quelques clichés ésotériques ?

D’une poésie fine, Vera de Verdad se raconte surtout dans les silences, dans les regards et dans des jeux d’acteur fantastiques pour un film qui nous emporte dans un tourbillon de probables. Toujours mystérieux et jamais totalement élucidé, le film de Beniamino Catena se laisse voir et peut-être même revoir parce que moi j’ai rien compris !

 

Violation : qui ne dit mot consent ?

Pour toute plainte de féministes outré(e)s par le titre de cette chronique, veuillez vous adresser à Matthieu Matthys, 0474/50.82.61 et domicilié au 52 avenue du Kouter, Auderghem. Merci !

Cela étant dit, je dois reconnaître qu’en tant que mec, il est aussi compliqué d’écrire une chronique sur Violation que de passer au-dessus du but d’Umtiti à la Coupe du Monde 2018. Vous l’avez compris, cette chronique voyage allègrement entre sincérité et beaufitude. Et pour celles et ceux à qui ça ne plaît pas, je vous invite à aller regarder les émissions de Hugues Dayez et d’arrêter de nous casser les couilles.

Violation, c’est l’histoire de Miriam qui, lors d’un week-end avec son mari, sa sœur et le mari de celle-ci, se fait violer par ce dernier qui a pris un soupir durant le sommeil de Miriam pour un consentement clair et net à une relation sexuelle. Alors ok, le mec s’appelle Dylan et avec un nom pareil, l’existence n’est certainement qu’une suite de frustrations, mais ça n’excuse rien. Et ça tombe bien parce que Miriam n’est pas du genre à se taire ni à pardonner et Dylan va bientôt l’apprendre à ses dépens.

Autant vous le dire tout de suite, la violence frontale dans Violation est très loin d’être aussi exacerbée que ce que je redoutais. On est loin des standards de Trauma pour ceux qui y ont assisté. Au contraire, Dusty Mancinelli et Madeleine Sims-Fewer font appel à un art consommé d’une brutalité crue et à de la suggestion poétique mais néanmoins inquiétante pour nous livrer une version personnelle du traumatisme d’un viol avec des inspirations de Von Trier et Haneke. Ce Violation est beau, hypnotisant mais la façon dont la violence extrême qu’il raconte est traitée amène à une réflexion profonde. Ce film est une véritable expérience et une leçon pour celles et ceux qui veulent raconter l’inénarrable. On y retrouve une confrontation directe entre le déni du violeur et la souffrance intérieure et extérieure de la violée. Pour finir sur une catharsis qui ne laisse personne insensible ou satisfait. Ni la violée, ni le spectateur. Puisque ce que dénonce Violation, c’est avant tout un système de pensée et les systèmes de pensée, ils ne peuvent être changés qu’avec des œuvres comme Violation. Et pour cela, c’est une réussite totale.

A propos Olivier Eggermont 85 Articles
Journaliste du Suricate Magazine