[BIFFF 2018 : Jour 8] 3-2 : le match est remporté par les bons films

E Viva Mexico, sortez les sombreros

Je vois votre réaction d’ici. « Oh non ! Encore un film d’exorcisme ?! » Eh oui. Il faut dire que dans la foulée des Sinister, Conjuring ou autre Devil Inside, le genre est revenu à la mode. Et toujours avec la même recette : un innocent possédé, des références pseudo-religieuses à un démon super balaise et une scène d’exorcisme finale qui vient botter le cul de l’esprit venu faire chier tout le monde. 

Cependant, ce Belzebuth vient apporter quelques éléments intéressants malgré un début des plus classiques. Voyez plutôt : un inspecteur rongé par le remord suite à un passé trouble, un démon qui poursuit un gosse innocent et un prêtre venu protéger le mioche sensé être la nouvelle réincarnation de Jésus. Rien que ça. Mais pour ce faire, la joyeuse petite troupe va bien entendu devoir passer la frontière pour aller mettre notre nouveau sauveur à l’abri au pays de l’Oncle Sam. De là à en déduire que l’antéchrist serait un mec qui veut construire un mur pour empêcher cela, il n’y a qu’un pas. À vue de nez, ça avait autant d’originalité qu’une scène de viol dans un Lars Von Trier. Et pourtant, le film réalisé par Emilio Portes joue de bien belle façon avec les codes du genre et arrive à installer une ambiance franchement sympathique. Alors non, ça ne révolutionnera certainement pas le genre mais Belzebuth a eu le mérite de ne pas nous faire sentir ses presque deux heures de durée. Et ça au BIFFF, c’est déjà un bon signe. O.E.

L’attaque de la lettre tueuse

Un jeune homme qui a quelque chose à se faire pardonner, une enveloppe maudite qu’il doit remettre, … Quoi c’est tout ? Derrière ce scénario qui tient sur un post-it, on espérait que nos amis de la Volga allaient nous pondre une petite pépite d’effroi. C’est raté. Le film dure 1h15 mais est aussi ennuyeux qu’un revival d’Uwe Boll. Alors autant vous prévenir tout de suite, on ne saura jamais ce qui se trouve dans cette enveloppe et c’est tant mieux. Parce qu’au final, on s’en tamponne les testicules avec un fer à repasser. Entre longueurs narratives, dialogues inutiles et rythme inexistant, on s’ennuie à mourir. 

Et puis la prochaine fois, ils pourront utiliser la poste comme tout le monde, ce sera plus pratique. O.E.

Mort à tiroir dans Who Killed Cock Robin

À mi-chemin entre Zoé Barnes de House of Cards et Sherlock Holmes, Chi veut devenir une référence journalistique avec … une photo tabloïd d’un politicien victime d’un accident de voiture avec sa présumée maitresse. Un peu comme si Stéphane Pauwels postulait au Pulitzer. Ou bien prétendait s’y connaître en football. Mais c’est sans compter sur un accident de voiture dont il a été témoin et qui le hante. 

On connaissait la fin à tiroir avec Le Seigneur des Anneaux : Le Retour du Roi, voici maintenant la mort à tiroir dans Who Killed Cock Robin. Le film nous refait le coup du « flashback qui change avec une nouvelle génération » à la Usual Suspect mais le problème c’est qui nous le fait quatre fois.  Alors oui, ce thriller taiwanais tient la route mais souffre tout de même de nombreuses longueurs. Dopé aux  films coréens du genre, Wei-Hao Cheng développe bien son intrigue mais s’éparpille un peu trop. Dommage, sa réalisation s’essouffle un peu trop vite. Mais on retrouvera le bougre ce mercredi soir avec Tag-Along 2 dans un genre bien différent. O.E.

Souviens-toi le l’Ibiza dernier 

Vous aimez les zombies autrichiens ? Vous aimez les sports d’hiver ? Vous aimez les zombes autrichiens qui se font défoncer à coup de snowboard dans un humour corrosif ? Eh bien il fallait venir il y a deux ans pour Attack of the Lederhosenzombies ! À l’époque, Dominik Hartl nous avait servi un des films les plus jouissifs du BIFFF (avec Rita, la vieille badasse autrichienne qui démontait du mort-vivant).  Cette fois, le bougre est de retour avec un Souviens-toi l’été dernier dopé à l’ecstasy et à l’électro des plages croates. 

Bon ok, rien de bien neuf sous le soleil des revenge slasher mais ce Party Hard, Die Young arrive à adapter les codes du genre en leur donnant un côté plus contemporain. Là où dans les Scream on nous servait des vidéos sous Windows 95, les jeunes de nos jours se font dézinguer en direct sur Snapchat. Oui, les temps changent. Non, avoir plus de 35 ans et faire des stories sur Snapchat ne vous rend pas tendance. Au final, le film navigue entre le teenage movie et le slasher classique tout en apportant quelques idées plutôt intéressantes. Et si l’Autriche continue à nous fournir des films comme ça tous les deux ans, on finira par leur pardonner d’avoir causé toutes les guerres européennes. O.E.

Super-robot

Le réalisateur japonais Shinsuke Sato s’est déjà fait remarquer au BIFFF en y recevant le Grand Prix pour son adaptation d’I am a hero, en 2016. Il revient cette fois-ci avec un nouveau film basé sur un manga, à savoir Last hero Inuyashiki, d’Hiroya Oku. Ce n’est pas la première fois que le metteur en scène se frotte à l’univers de l’auteur, lui qui avait notamment réalisé Gantz en 2010.

Inuyashiki s’articule autour d’un père de famille quinquagénaire atteint d’un cancer et d’un lycéen qui se trouvent tous deux dans un parc, quand ils sont tout à coup engloutis par une lumière blanche. Cela va les changer plus qu’ils ne l’imaginent, leurs corps étant maintenant à moitié robotiques, les dotant de facultés phénoménales (aucun lien, mais j’ai des frissons rien qu’en imaginant ce thème de départ avec Norbert et Kévin en personnages principaux). Il n’en faut pas plus pour faire du long-métrage une variation sur le thème des super-héros. Si la première partie qui présente les personnages et la découverte de leurs pouvoirs fonctionne à plein régime, la suite s’avère quelque peu plus classique, avec une opposition déjà vue entre le bien et le mal. Rien de bien grave toutefois, les personnages se révélant assez attachants (méchant compris) pour que l’on veuille connaître la suite de leur histoire. Tant mieux, tant les enjeux s’amplifient au fur et à mesure (à ce titre, on pense notamment au modèle Death note), et parviennent à relancer constamment l’intérêt. Ménageant plusieurs passages vraiment impressionnants, Inuyashiki tient donc en haleine sur toute sa durée, malgré de légères longueurs. Une bonne surprise ! G.L.

Blablabla-ffy contre les vampires

Attention ! Si on vous parle d’un film sur le fils d’une lignée de chasseurs de démons qui reprend fièrement le flambeau de ses parents (morts dans d’atroces souffrances à cause des démons précités), quelles sont les premières images qui vous passent par la tête ? Si vous avez répondu des scènes de dialogues dans des rues, dans des voitures, sur des voitures dans des rues, Corbin Nash est fait pour vous. Bien entendu, le long-métrage de Ben Jagger n’est pas composé que de cela. Non, il y a aussi des scènes où l’on discute sur des bancs, dans des bureaux, aux bords d’un ring entouré de barbelés ou encore dans des bars (parce qu’on lorgne quand même du côté du film policier, faut pas déconner). Vous noterez quand même l’effort mis en place pour offrir une certaine variété au spectateur. Effort qui se retrouve jusque dans la structure du film, qui oscille entre flashbacks et flashforwards, sans autre raison que celle de faire croire qu’il se passe vaguement quelque chose entre deux-trois bavardages. 

Fort heureusement, les dialoguistes savaient vraisemblablement qu’ils allaient avoir du pain sur la planche et se sont attelés à la tâche avec un zèle qui fait plaisir à entendre. Prenons un exemple parmi tant d’autres en la personne d’un aveugle. Le bougre ne pourra s’empêcher de revenir sur sa condition ophtalmique pour conclure que ce sont cependant « les autres qui ne voient rien ». Conscients de tenir là la vanne du siècle (pourtant énoncée avec un sérieux qui force le respect), les scénaristes ont la merveilleuse idée de l’inclure trois fois dans le film. TROIS FOIS. En même temps, quand l’aveugle en question est incarné par Malcolm McDowell qui doit engloutir à lui tout seul les deux tiers du budget, ils auraient tort de se priver. 

On notera également la présence, dans un second rôle, de Rutger Hauer. Comme tout fan de l’ancien acteur fétiche de Verhoeven qui se respecte, j’espère sincèrement pour lui qu’il n’a accepté ce contrat que parce que le réalisateur avait pris toute sa famille en otage.   

Si Corbin Nash ménage cependant quelques passages sanglants assez efficaces, il y en a cependant trop peu pour lui enlever ses airs de pilote de série télé et pour nous réveiller pleinement. Il doit pourtant encore y avoir un truc à faire avec le fait qu’un des producteurs se nomme Richard Wagner (comme l’auteur de la B.O. de la Seconde Guerre mondiale), et que le grand méchant du film s’appelle Drake (et est donc l’homonyme d’un génie du mal canadien), mais là je n’ai plus la force. G.L.

Et aujourd’hui, y a quoi ?

Tout d’abord, en Ciné 2, on aura droit à la rediffusion de Charismata avant de découvrir une nouvelle folie russe, Cop Baby, où un inspecteur filou se voit réincarné en bébé qui compte troquer son lolo contre la lutte mafieuse. On enchaîne avec un #balancetonporc dans l’espace avec Ederlezi Rising et un slasher à l’école grâce à Tragedy Girls avant de terminer la nuit avec le retour de Tag Along pour un second opus attendu depuis 2016.

En Ciné 1, attention danger ! Pour ceux qui ont eu leurs places, c’est l’arrivée de néo-oscarisé, Guillermo Del Toro, enfin au BIFFF pour une Master Class unique. Mais avant, pour se chauffer les mirettes, n’hésitez pas à explorer le désert sud-africain dans le western Five Fingers for Marseilles. Et si vous avez encore le courage, la soirée se terminera avec Ajin : Demi-Human où des immortels ont quelques soucis avec le genre humain.

Olivier Eggermont et Guillaume Limatola

Olivier Eggermont
A propos Olivier Eggermont 61 Articles
Journaliste du Suricate Magazine