[Avignon OFF 2018] Le Carnaval des ombres au Théâtre de l’Episcène

Mise en scène de Michael Delaunoy, écrit et interprété par Serge Demoulin.

Pendant ses années au Conservatoire de Bruxelles, Serge Demoulin se fait traiter cavalièrement de “boche” dans un bar. C’est à ce moment là qu’il commence à s’interroger sur ses racines, sur la place des Cantons de l’est durant la Seconde Guerre mondiale. Comment se sentir belge quand certains de ses aïeux ont combattu sous l’uniforme allemand ?

Ces territoires sont donnés à la Belgique après la Première Guerre mondiale, suite au Traité de Versailles. En 1940, après la défaire de la Belgique, Hitler annexe ces cantons à l’Allemagne sans consultation de ses habitants et sans réaction de la part de l’Etat belge. La Germanisation de ces contrées se fera par la force et la plupart des jeunes partiront combattre dans la Wermarcht, parfois pour préserver leurs familles d’éventuelles représailles.

Serge Demoulin débute Le Carnaval des ombres dans une tenue grand-guignolesque et communique au public, l’amour de sa région, le plaisir de rentrer de Bruxelles, ne fut-ce que pour quelques jours, le bonheur d’être en famille et les fêtes carnavalesques. Quand survient l’épisode difficile où il se fait traiter de “boche”, l’histoire prend un tournant plus dramatique mais aussi plus captivant. D’un côté, Demoulin plonge dans la mémoire de toute une région et de l’autre, il décrit les questionnements qu’il impose à sa famille et ses débordements au milieu des joies du Carnaval, quand, grâce à l’alcool, les langues se délient sur cette Histoire que chaque famille tente d’oublier.

Si le début de ce Carnaval des ombres peut paraître un peu long, l’entrée dans le vif du sujet donne tout son intérêt à ce spectacle traitant d’un sujet peu connu. La création de ce spectacle a d’ailleurs servi à faire légèrement bouger les choses et mis en lumière la situation de ces belges qui n’ont pas été occupés par les Allemands mais bien annexés de force. Le talent de Serge Demoulin est d’arriver à divertir le spectateur tout en traitant de ce sujet sérieux sans didactisme ou misérabilisme. Chapeau l’artiste !

Le Théâtre de l’Episcène

Ce spectacle nous a aussi permis de découvrir un nouveau théâtre à Avignon, prônant la création belge. Le Théâtre de l’Episcène, créé par Patrick Donnay et Jeannine Horrion, est un vent frais de belgitude au milieu du Sud de la France où l’on croise divers artisans belges du spectacle et une bonne humeur bien de chez nous, bien aidée par les verres de Val-Dieu qui défilent et l’énergie communicative qui se dégage du lieu. De plus, pour sa première année d’existence, le Théâtre de l’Episcène jouit d’une programmation éclectique, recherchée mais aussi osée (oser le pari de montrer Le Carnaval des ombres qui traite des Cantons germanophones alors que la plupart des français ne connaissent même pas son existence). Rendez-vous l’année prochaine pour découvrir l’évolution de ce charmant lieu.

http://episcene.be

Loïc Smars
A propos Loïc Smars 308 Articles
Fondateur et rédacteur en chef du Suricate Magazine