À la maison des femmes, un reportage BD dans un lieu d’accueil pour les victimes de violences

Extrait de la BD « À la maison des femmes » de Nicolas Wild (Delcourt / Encrages, 2021)

Couverture de la BD « À la maison des femmes » de Nicolas Wild (Delcourt / Encrages, 2021)

Scénario et dessin : Nicolas Wild
Éditeur : Delcourt
Sortie : 29 septembre 2021
Genre : Roman graphique, documentaire

À la maison des femmes est une bande dessinée reportage qui met à l’honneur un lieu unique en France : la maison des femmes de la plaine Saint-Denis. Créée par la gynécologue Ghada Athem, c’est un lien d’écoute et de soins pour les femmes en détresse physique ou psychique. Un véritable îlot de solidarité qui, en plus de panser les plaies des victimes de violence, milite activement pour une véritable égalité hommes-femmes.

Un univers protégé

Rédigé à la première personne, À la maison des femmes est inspiré d’une série d’interviews menées par le dessinateur de BD Nicolas Wild de 2017 à 2019. Au fil des courts chapitres illustrés en noir et blanc d’un trait aux contours très nets, l’auteur-dessinateur raconte sa découverte du lieu et des femmes qui l’animent. Touché par les violences dont sont victimes les femmes qui fréquent la maison, il envisage à un moment de renoncer. Puis, petit à petit, avec beaucoup de discrétion et de respect, son crayon donne la parole à celles qu’il rencontre, patientes comme soignantes. Grâce à l’univers protégé que constitue la maison des femmes, la peur s’efface et la parole se libère.

Des destins brisés dont il faut recoller les morceaux

Mariages forcés, excision, violences conjugales, grossesses non désirées… Les femmes qui atterrissent à la maison des femmes sont souvent en grande détresse et ont besoin de temps et de soutien pour se reconstruire. L’une d’entre elles, Sophie, chercher à surmonter son traumatisme à travers le dessin. À travers une mise en abîme très bien réalisée, Wild intègre les dessins de Sophie, colorés, dans sa trame en noir et blanc. Il lui donne ainsi la parole directement tout en comblant les vides du récit avec son propre ressenti face à l’expérience de violence domestique dont il est témoin.

Malgré la dureté du propos, les lignes courbes du dessin et les pointes d’autodérision dans les textes permettent de dépasser la révolte et l’effroi pour laisser place à l’empathie et à l’espoir. Le regard bienveillant de l’auteur d’À la maison des femmes y est pour beaucoup et rappelle que les hommes peuvent être des alliés déterminants dans la lutte contre les violences sexistes.

A propos Soraya Belghazi 221 Articles
Journaliste - Responsable Arts/Expos/Musées du Suricate Magazine