Sleepless, nuit blanche à Vegas

Sleepless

de Baran bo Odar

Action, Thriller

Avec Jamie Foxx, Michelle Monaghan, Dermot Mulroney, David Harbour, Scoot McNairy

Sorti le 3 mai 2017

Remake du thriller français Nuit blanche, réalisé par Frédéric Jardin en 2011 et mettant en vedette Tomer Sisley, Julien Boisselier ou encore Joey Starr, Sleepless reprend presque scène pour scène la trame et le déroulé de son modèle, tout en le transposant à Las Vegas et en le vidant de toute sa vigueur réaliste et nerveuse, pour l’accommoder à une esthétique beaucoup plus « mainstream », proche de celle de séries télévisées interchangeables.

L’histoire est donc rigoureusement la même : alors qu’il a dérobé un sac de cocaïne lors d’un guet-apens à l’aide d’un collègue véreux, Vincent, un flic (a priori) ripou, est pris à parti par tout le réseau mafieux auquel le sac appartient. Alors que son fils a été enlevé par un patron de boîte de nuit qui trempe dans le trafic, Vincent tente de rattraper le coup en restituant la drogue mais une série de quiproquos vont compliquer les choses, alors que la police des polices est également à ses basques.

Si la démarche des remakes façon décalque est toujours assez peu défendable sur le plan artistique – mais tout à fait compréhensible sur le plan commercial –, elle l’en d’autant moins lorsque la copie n’enlève de l’original que ce qui en faisait précisément l’identité propre. À la revoyure, Nuit blanche est un film d’action tout à fait honorable, filmé principalement en caméra à l’épaule, qui tire assez bien parti de son action en temps réel, et mise avant tout sur ses scènes de combats virils, dont la longueur et le filmage au plus près des corps restituent bien le côté douloureux et concret.

Ici, ce côté brut des scènes d’action a été remplacé par quelque chose de nettement plus « propre », dont la chorégraphie beaucoup plus ostentatoire et le côté lisse annihilent toute espèce d’intérêt. Même l’aspect humain de l’intrigue, les rapports de Vincent (Jamie Foxx) avec son fils et son ex-femme ou même les rapports de hiérarchie entre les membres de la police des polices, ont été passés à la moulinette des bons sentiments et du « paraître » à l’américaine.

Sleepless n’est certes pas un film honteux, il se laisse regarder – avec un certain ennui, pour quiconque a vu plus de deux films de ripoux dans sa vie – mais n’apporte jamais la moindre once d’originalité ou de personnalité à un canevas déjà existant ou à un genre battu et rebattu. Même un casting plutôt alléchant – dont David Harbour, le sheriff de Stranger Things – ne parvient pas à rendre la chose plus attractive.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine