New York au Théâtre des Martyrs

De Dominique Bréda, mise en scène de Dominique Bréda, avec Alexandre Crepet, Emmanuel Dekoninck, Alexis Goslain

Du 10 décembre 2014 au 3 janvier 2015 à 20h15 au Théâtre de la Place des Martyrs

Max est un homme tourmenté qui vit et revit sans cesse le suicide de son père qui s’était jeté sous un train il y a vingt ans de cela, à peu près au même âge que lui. Il boit et se drogue pour ne pas penser, pour ne pas comprendre, pour ne pas vivre en quelque sorte. Max est au plus mal, il délire, hallucine. S’ouvre alors un dialogue avec son père qui ne mâche pas ses mots et un chef de gare assez singulier. Ces deux personnages s’associent pour faire comprendre des choses à Max. Où bien, est-ce un dialogue avec lui-même, avec une conscience démultipliée sous l’effet des narcotiques ? Mais Max reste imperméable aux bonnes paroles, il se noie dans son propre mal-être et s’y complait. A quoi bon vivre si l’on ne pense qu’à la mort ?

Nous avons tous connu, vu ou vécu la mort de près ou de loin. Rien de plus banal me direz-vous, cela arrive à tout le monde. Et pourtant, la mort doit-elle être considérée comme banale ? Devons-nous suivre le chemin que l’on pense tracé pour nous ? Sommes-nous programmés pour suivre les actions de nos ancêtres même les plus destructrices ? Avons-nous le droit de nous détruire à cause d’un malaise que l’on n’arrive pas à surmonter ? A cela, on ne peut que répondre un gigantesque NON ! Peut-être par réflexe… chacun étant évidemment toujours totalement libre de ses choix, que personne n’a d’ailleurs le droit de juger. Mais on ne peut accepter cela ! La mort n’est pas une fin en soi, un but ultime à atteindre pour avoir la paix. Même si nous devons tous y passer, pourquoi en hâter l’instant ? Pourquoi ne pas simplement profiter de ce que l’on a autour de nous quitte à se le créer ? La vie est difficile et la mort, telle qu’on la conçoit chez nous, c’est-à-dire une seule vie et puis c’est tout, est loin d’être attrayante. Alors pourquoi se compliquer la vie et laisser pourrir son âme avec du poison que l’on y distille nous-même ?

On ne peut rester enfermé dans un passé douloureux parce que cela nous évite de regarder la réalité en face. La réalité fait peur. Elle fait peur parce que pour vivre pleinement, il faut d’abord avoir affronté ses plus horribles peurs, ses plus atroces regrets, ses pires cauchemars, et cela demande beaucoup de courage. Ce n’est qu’après que l’on se rend compte que si tout cela n’a aucun sens, la souffrance quelle qu’elle soit et d’où qu’elle provienne n’a jamais aucun sens, cela nous a néanmoins appris quelque chose : que le passé fait et fera toujours partie de nous mais on apprend à s’en servir pour aller de l’avant. On apprend à le transformer en une énergie bénéfique qui permet de profiter du présent et de garder les yeux ouverts sur l’avenir car le meilleur reste encore à venir.

Il est vrai que le rire est un baume qui permet, non d’occulter le fond des choses, mais de les visualiser de manière tout à fait différente. Il n’empêche que l’on ne peut se départir de cette sensation étrange de déjà-vu et de déjà-vécu. Une certaine angoisse s’installe. C’est comme cela que l’on ressent qu’une pièce est bonne ou non : lorsque l’on vit les choses dans ses tripes, c’est que le message est passé. D’excellents acteurs nous emmènent dans un dialogue déconcertant où les fantômes du passé nous hantent jusqu’à asphyxier la plus petite étincelle d’espoir dans notre cœur.

Une pièce créée avec et pour ces trois acteurs de très grand talent complètement investis dans leurs rôles, faisant corps avec leurs personnages, et arrivant en même temps à nous faire rire avec une thématique aussi déprimante… la prouesse est à saluer. Ce n’est en effet pas souvent que l’on peut découvrir une pièce aussi bien construite avec une mise en scène soignée, un texte puissant et intelligent porté par des artistes carrément doués.

Si vous aimez le théâtre, ne manquez pas d’aller voir New York, cette merveille d’atrocité, ce sont les toutes dernières dates !

Daphné Troniseck
A propos Daphné Troniseck 246 Articles
Journaliste du Suricate Magazine

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