Cartas da Guerra, ut cinema poesis

Cartas da Guerra

d’Ivo Ferreira

Drame

Avec Miguel Nunes, Ricardo Pereira, Margarida Vila-Nova

Sorti le 19 avril 2017

Vos cours de français vous avaient peut-être permis de découvrir le genre du roman épistolaire, Cartas da Guerra vous fera découvrir le film épistolaire. Un jeune médecin portugais, mobilisé pendant la guerre coloniale en Angola de 1971 à 1973, écrit des lettres à sa femme enceinte de leur premier enfant. La correspondance empreinte d’amour, de sensualité et de saudade est en réalité celle d’Antonio Lobo Antunes, un célèbre écrivain portugais.

Entièrement en noir et blanc, Cartas da Guerra est le troisième film de Ivo M. Ferreira, après Na Escama do Dragão (2012) and O Estrangeiro (2010). Basé sur Lettres de la guerre : de ce vivre ici sur ce papier décrits d’ici-bas (publié en français en 2006), le film emprunte le caractère linéaire de l’écriture, puisque les scènes du film sont fidèles aux descriptions de la correspondance. Les lettres sont lues par une voix-off féminine, celle de la femme du protagoniste, à l’exception de celle du début et de la fin. L’auteur est incarné par Miguel Nunes dont l’interprétation très correcte manque toutefois d’intensité pour être fidèle à l’esprit de l’écrit. Il faut cependant reconnaître qu’incarner un tel rôle est un défi puisque le film en lui-même contient peu de dialogues directs entre les personnages. Ce double intermédiaire de l’écriture et du cinéma maintient le spectateur à une certaine distance : il ne « vit » pas momentanément les événements comme dans un film normal, il les entend et les observe.

L’histoire se focalise essentiellement sur la relation amoureuse et l’absence de l’être aimé. L’écriture est belle, sensuelle, nostalgique. Il y a également quelques allusions à l’évolution de la conscience politique du protagoniste, mais cela n’est, dommage, pas développé outre mesure. Loin d’être un reportage sur la guerre, le film donne tout de même un aperçu de la guerre coloniale : la propagande coloniale, les dégâts infligés aux corps par les mines, l’ennui dans le campement, la chaleur, la nostalgie de chez soi, les femmes angolaises utilisées par les soldats pour des relations sexuelles, etc. Tout cela plonge le spectateur dans une ambiance particulière.

Cartas da Guerra n’est ni du cinéma ni de l’écriture et pourtant un peu des deux. Le mélange est étrange, poétique, mais aussi long et répétitif, surtout pour un public qui ne connaît pas l’écrivain Antunes. Un moyen-métrage aurait pu être un format plus adapté à cette oeuvre belle, mais particulière.

Elodie Mertz
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Journaliste du Suricate Magazine