Agustin Galiana : « Je ne veux pas chanter n’importe quoi ! »

En pleine promotion de son single « t’en va pas comme ça », le comédien et chanteur Agustin Galiana a fait récemment escale à Bruxelles. L’occasion pour nous de rencontrer cet hispanophone à la carrière montante.

___________

Vous êtes un artiste complet, vous vous dédiez à la danse, au chant, au théâtre, au cinéma… Dans quelle expression artistique vous vous sentez le plus inspiré ?

Je suis comédien et je suis chanteur. On me demande toujours ce que je préfère faire. Je ne sais pas si je suis un artiste complet, mais j’aime bien chanter, j’aime bien jouer, je n’arriverais jamais à choisir et je ne pourrais jamais dire si je fais une chose mieux que l’autre. Je peux vous dire que j’aimerais bien jouer le matin et chanter le soir… comme ça il n’y aurait pas de problème. Je dis toujours que je suis une crêpe complète. Parce que j’ai tout dans mes bagages : je danse, je joue, je chante. En Espagne, les artistes sont formés comme ça. J’ai fait une formation de danse et j’ai fait une formation dans une école d’interprétation où on avait du chant, de la danse contemporaine, de la danse afro-brésilienne, du jazz… etc. L’objectif n’était pas de bien danser, sinon d’intégrer les bases de ces genres de danse pour l’interprétation. Par exemple, avec le jazz, on travaillait la séduction ; avec le contemporain on travaillait le contact avec l’autre ; avec la danse afro-brésilienne, on travaillait le fait d’être enraciné au sol ; avec le chant, on travaillait le fait de projeter la voix. Après j’ai fait aussi des études de cinéma, j’ai pris des cours de chants… J’aime bien m’exprimer de différentes façons.

Quel était votre objectif au début de votre vie artistique ?

Quand j’était petit, mon objectif premier était de devenir danseur. Après, avec les aléas de la vie, je ne suis pas devenu danseur parce que c’était compliqué et je suis devenu comédien. Par la suite, il y a le chant qui m’a appelé et qui m’a attiré.

Et vous êtes ici pour la promotion de votre single…

Oui, voilà ! « T’en va pas comme ça » est sorti il y a un petit mois et depuis peu, le clip est disponible (NDLR : à voir en fin d’article).

Comment se passe la composition des chansons ? Travaillez-vous en collaboration avec d’autres artistes ?

Oui, c’est en collaboration avec Nazim Khaled, c’est le parolier qui a écrit le tube de Kendji et a fait le dernier album de Florent Pagny… Je lui propose des thèmes, il travaille et après on voit ensemble. Il y a des parties en espagnol et c’est moi-même qui les écrits. Il y a également des choses que je demande de changer si je n’aime pas. Voilà, c’est un travail de partage. Je suis tombé sur la bonne personne parce qu’il a compris tout de suite mon univers et il m’a proposé de très jolies chansons, de très jolies paroles. Même s’il y avait des chansons qui bougeaient et que l’on pourrait penser qu’elle soient un peu plus banales, il y a une profondeur, il y a un message. Je suis comédien, alors forcément, pour moi, les paroles et les textes sont très importants. Je ne veux pas chanter n’importe quoi.

En effet, dans vos chansons, mais aussi lorsque vous dansez, vous exprimez beaucoup de joie de vivre et beaucoup de douceur, qu’est-ce qui vous motive au fond de votre coeur ? Et quel message voulez-vous transmettre à travers votre métier ?

Merci. On me dit toujours que j’ai un caractère qui rend les gens heureux, je donne le sourire aux gens. Je ne sais pas, je suis comme je suis. On me dit que je donne envie de vivre. Si à travers mes chansons, on ressent la joie et la douceur, c’est qu’on me ressent moi-même. Ce que j’aime dans mon album, c’est qu’il y a un côté très joyeux, mais il y a aussi un côté très nostalgique. J’aime bien ce contraste de forces opposées, parce que c’est là qu’on trouve le plaisir. T’es pas lisse, t’es pas fixé sur un schéma. Après, je ne te cache pas que je ne suis pas un homme rude, je ne suis pas un macho ibérique, désagréable. J’aime – même quand j’interprète mes personnages – montrer que l’homme peut être sensible, doux et bienveillant. J’ai envie de montrer que les hommes ont une sensibilité presque pareille à vous, les femmes.

Il y a un titre très touchant, “Carmina”. Est-ce vrai qu’il s’agit d’un hommage à votre grand-mère ?

Ah oui, bien sûr. Ma grand-mère a été pour moi une femme très importante. Je le dédie à elle, mais c’est un hommage à toutes les grands-mères qui sont parties trop tôt. J’imagine qu’il y a beaucoup de gens qui on vécu une relation comme celle que j’ai eu avec ma grand-mère, qui était pour moi comme une mère. Elle m’a élevé, elle m’a nourri, elle m’a donné l’amour pour l’art, pour le cinéma. J’aime bien pouvoir montrer ma fragilité, ma sensibilité et les partager. Pour moi, c’est très important de pouvoir partager des choses vraies. Parce que, quand tu chantes, t’as aucune couche sur toi, t’as pas de rôle ! Là, je ne m’appelle pas « Adrian », je ne m’appelle pas « Hugo » ou « Stephan », là c’est moi, Agustin.

De plus, tout en étant un thème fort et sensible, la chanson n’a pas pour effet de déprimer. Cela peut donner envie de pleurer par moment, mais c’est dans la tendresse.

Voilà, c’est ça. Merci beaucoup.

D’un autre côté, vous avez rejoint le tournage de la série TV Clem, il y a quelques temps déjà. Qu’est-ce qui, dans la série, a suscité votre intérêt ? Qui est votre personnage ? Trouvez-vous des liens entre ce personnage et votre propre personnalité ?

Oui, en fait, on m’a appelé pour jouer ce personnage. Dans tous les personnages qu’un comédien joue, il y une partie de soi qu’on met au service du personnage et de l’histoire. Après, il faut décider quelle partie tu mets en avant. Il y a beaucoup de choses que je donne au personnage et qui me ressemblent. Puis, il y a des choses qui diffèrent : je n’ai pas été abandonné par ma mère quand j’étais bébé, je n’ai jamais cherché ma mère biologique, ce conflit intérieur, je ne l’ai pas, il faut donc le trouver et savoir le jouer. Mais comme « Adrian », j’aime beaucoup la famille, il est très perfectionniste, très passionné, très engagé… Je m’y retrouve dans certains traits.

D’autre part, vous avez participé à la 8e édition de l’émission “Danse avec les stars”, que vous avez d’ailleurs remportée. Qu’est-ce qui vous a mené à entreprendre cette aventure ? Et qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans cette expérience ?

Ce qui me reste de cette expérience, c’est toute la fatigue ! Parce que franchement, c’était une expérience très fatigante. C’étaient beaucoup de répétitions, mélangées avec le tournage de Clem ainsi que l’enregistrement de l’album. J’ai vécu une période très intense. Je ne sais pas comment j’ai eu la force de tout faire et en plus, de remporter l’émission. J’y ai appris beaucoup de choses : j’ai appris à être patient, j’ai appris que j’étais quelqu’un de plus généreux que je ne le pensais, je me suis énervé, j’ai pleuré… je me suis laissé être. C’est une émission qui m’a permis de me montrer au public tel que je suis, sans couche, sans personnage. Ça m’a montré aussi que je pouvais dépasser mes limites, je pouvais arriver à faire trois projets au même moment, et chacun très différent de l’autre. En trois mois, j’ai tout fait !

Y a-t-il un évènement ou un détail particulier qui vous a attiré et poussé à entreprendre ce chemin vers une carrière artistique en France ?

Il y a beaucoup de choses qui m’ont amené en France. La première chose, c’est que je n’avais pas de boulot en Espagne et j’en avais marre. Cela faisait trois ans que je galérais, à Madrid, et j’avais envie et besoin de partir, de sortir de cette ville qui m’étouffait et de ce métier qui ne me donnait aucune opportunité. Je savais qu’à Paris, en France et même n’importe où, ça aurait été difficile parce qu’en effet, il n’y a pas beaucoup d’étrangers qui émergent. En Espagne par exemple, il n’y a pas d’artistes étrangers qui passent à la télé ou à la radio. Donc, pour moi, c’était presque improbable tout ce qui m’est arrivé. Je dis toujours que c’est un miracle. Je ne croyais pas une seule seconde en moi. Je ne parlais pas un mot de français quand je suis arrivé en France, je n’avais pas d’agent, je n’avais pas de contacts dans le métier, je n’avais presque rien quoi.

Et concernant la musique, les albums que vous avez enregistrés sont-ils aussi en espagnol ?

Les albums qui précèdent celui-ci étaient en espagnol. C’était de l’auto-production et c’était à titre expérimental, je les ai fait avec mon intuition. J’en suis le compositeur, mais je n’ai pas la vision du marché. J’écris la chanson parce que il y a un son qui me touche, des sons qui me touchent et que j’ai envie de dire quelque chose, mais sans ce côté malin de réfléchir à ce qui va marcher ou pas. Maintenant, pour ce qui est de cet album, c’est plus travaillé, on a fait plus attention à mon univers, à vouloir faire passer un message. Mais souvent, cela est possible grâce au travail de personnes qui sont extérieures à l’artiste. Des gens qui te voient toi. C’est un peu comme si tu me disais : « tu es un beau gosse ». C’est toi qui me vois, moi je me vois pas. Moi quand je me réveille la matin, je vois un mec comme ça avec les traits tout tirés.

Et donc, comment vous définissez-vous ?

Je suis quelqu’un de très joyeux, de très positif, de tendre mais aussi de très exigeant. Parfois, je suis très cash, très dur, quand je dis les choses. Je suis très honnête, je ne peux pas mentir et surtout, je suis quelqu’un de normal. Aujourd’hui, je continue à prendre le métro, je continue à faire ma vie. J’aime le contact avec les gens et la vie. Je ne peux pas passer ma vie dans les taxis, entre le plateau et les dîners. J’ai envie d’être avec les gens, traverser les rues. Peut-être qu’un jour ce sera incompatible, mais c’est comme ça que je vis et que j’ai envie de vivre.

Est-ce que vous vous imaginez retourner vivre en Espagne ? Quels sont vos projets futurs ?

Je me vois retourner en Espagne s’il y a un problème avec la famille ou un projet à faire, mais alors dans ce cas, j’y passe un mois pour tourner et puis je rentre à Paris. Je me sens bien à Paris, je me sens libre, je suis accepté comme je suis. Même si c’est plus cher, même si le temps est peut-être plus embêtant, j’aime bien être ici. Je me sens bien, je me sens apprécié. Je peux faire ce que j’aime. Et vous, les Belges et les Français, vous me permettez de faire cela. Même si mes titres passent plus en Belgique qu’en France. En fait, si je devais quitter la France, j’irais plutôt à Bruxelles qu’à Madrid parce qu’ici je me sens vraiment apprécié.

Donata Vilardi
A propos Donata Vilardi 15 Articles
Journaliste du Suricate Magazine