Une semaine au Festival OFF d’Avignon : Premier jour

Crédit photo : Gilbert Scotti

Le Festival OFF d’Avignon accueille chaque année plus de 1500 spectacles dans les divers théâtres permanents et surtout éphémères qui s’installent dans le centre ville entièrement consacré au spectacle. Au milieu de ces nombreux spectacles, il est toujours difficile de faire un choix et la sélection se base souvent sur divers critères moyennement objectifs : une affiche dans la rue qui intrigue, une page au hasard prise dans le programme (véritable bottin téléphonique de pièces), un flyers donné par la troupe déambulant dans la rue ou plus simplement les sujets qui nous attirent le plus. Parfois ça paye mais tout n’est pas magique à Avignon et malgré la volonté de faire les meilleurs choix, on n’évite pas les mauvaises rencontres. Avec un peu de hasard et de chance, nous avons donc vogué de théâtres en théâtres. Retrouvez dans nos pages, le compte-rendu de nos aventures.

La contrebasse à 12h20 au Théâtre de l’Adresse

Poussé par l’envie de découvrir le seul texte théâtral de Patrick Süskind (Le Parfum), on se rend en dehors des remparts d’Avignon pour le Théâtre de l’Adresse et sa terrasse ombragée de ses majestueux platanes. Frédéric Tournaire interprète un musicien professionnel aux cheveux hirsutes, un peu saoul, rentrant chez lui et croisant dans son salon, sa contrebasse trônant fièrement. Commence alors une discussion au sujet de l’amour et de la haine qu’il voue à son instrument. Mais aussi la solitude et la folie de cette homme mis de côté comme une contrebasse dans un orchestre qui veut que la nouvelle soprano le remarque. Si le texte de Süskind est passionnant, c’est aussi l’interprétation intense de Tournaire, entre rire et inquiétude, qui force le respect. La Contrebasse est une pièce qu’il connaît bien car il la joue depuis 2001 et cela se ressent sur scène, l’acteur devant sûrement aussi finir par aimer/détester cette fichue contrebasse. L.S.

Notes :

Loïc Smars : 8/10
Christophe Mitrugno : 7/10

Docteur Jekyll, psychanalyste à 14h15 au Théâtre de l’Oulle (La Factory)

Toute la stratégie de choix de pièces se situe dans l’organisation de sa journée. Les heures défilent et les programmes aussi. On sort d’un théâtre pour courir jusqu’à l’autre bout de la ville et se voir entendre par la dame de la billetterie “C’est jour de relâche… Mais vous pouvez aller voir Docteur Jekyll, psychanalyste, c’est dans 5 minutes !”. Par peur de perdre du temps pour retrouver une autre pièce dans les alentours et pour profiter de l’occasion, nous allons nous installer dans le théâtre de l’Oulle. Stupeur, la scène est nue de décors, il y a uniquement deux acteurs assis sur des chaises. Est-ce qu’ils sont en retard pour se préparer ? Font-ils grève ? Est-ce un style contemporain ? Le régisseur prend la parole et présente les deux acteurs. Vincent Gaillard et Laurent Viel (qui est aussi l’auteur du texte). On nous prévient qu’il faudra imaginer le décor, les effets spéciaux, les costumes et un musicien qui n’est pas là. C’est une lecture publique. Voilà ce que l’empressement d’aller absolument voir une pièce pour ne pas perdre de temps nous fait gagner. Une lecture. Difficile de donner un avis sur la pièce en général. Mais le texte à moitié chanté qui fait croiser Sigmund Freud, le docteur Jekyll et le docteur Watson nous a laissés pantois (sans mauvais jeu de mot). Il faudra revenir, la lecture a été coupée avant la fin… C.M.

Notes : /

J’entrerai dans ton silence à 17h25 au Théâtre du Balcon

On avait découvert Hugo Horiot grâce à son livre Carnet d’un imposteur en 2016 et c’est tout naturellement que nous choisissons au milieu de la programmation, la pièce J’entrerai dans ton silence sur les écrits d’Horiot de sa mère, Françoise Lefèvre (qui a écrit elle, Le Petit Prince cannibale en 2010). Mis en scène par Serge Barbuscia (directeur aussi du théâtre), on plonge dans la tête des deux auteurs et de leurs rapports parfois difficiles mais toujours intenses. Si on retrouve avec plaisir le témoignage hors du commun que Hugo Horiot nous livrait dans son livre, on pourra peut-être juste regretter la succession d’effets scéniques un peu trop appuyés mais on ne peut qu’applaudir le jeu habité et plein de justesse de Fabrice Lebert. La pièce se termine par une fin ouverte, comme une invitation à découvrir la suite du parcours du jeune Horiot. L.S.

Notes : 

Loïc Smars : 7/10
Christophe Mitrugno : 7/10

Swing Heil à 21h à la Présence Pasteur

Il est temps de découvrir Swing Heil, une histoire vraie qui avait été adaptée au cinéma par Thomas Carter en 1993 sous le nom de Swing Kids.  Cependant, il faut savoir qu’Avignon offre toutes les tailles de théâtres. De l’immense scène au cagibi. Pour Swing Heil, malheureusement, le comédien, Jimmy Daumas, doit se contenter d’un tout petit espace de quelques mètres carrés pour danser, chanter et nous conter cette magnifique histoire d’un mouvement de swingers durant les heures sombres de l’Allemagne. Pourtant, vu l’énergie du comédien, nous aurions voulu le découvrir sur une scène plus grande pour qu’il puisse laisser exploser encore plus son talent. Le public est captivé par ce récit, les personnages s’enchaînent sous les mimiques de Jimmy Daumas et toujours suivi de danses et de chants avec une énergie débordante. C’est en sueur et en sang que finit notre comédien. Tout est saccagé sur la scène, comme bouleversé par le souffle haletant du narrateur. Le public d’un même murmure conclura : “Il a tout donné ! Bravo !”. C.M.

Notes : 

Loïc Smars : 9/10
Christophe Mitrugno : 9/10

Louise La Goulue à 23h05 à l’Espace Roseau Teinturiers

L’intensité était telle dans la pièce précédente que nous ratons la suite de notre programme. Il faut alors improviser et trouver autre chose pour assouvir notre soif de théâtre. C’est en passant par la Rue des Teinturiers (sûrement une des plus belles d’Avignon) que nous sommes interpellés par l’affiche de Louise Weber dite La Goulue. Comment résister à l’invitation de découvrir la vie de cette femme haute en couleur qui a fait les grandes heures du Moulin Rouge à la fin du 19ème siècle et qui fut la muse de Toulouse-Lautrec ? Delphine Grandsart se glisse totalement dans la peau de cette insoumise, féministe avant l’heure. Elle interprétera cette égérie, de sa vieillesse jusqu’à l’enfance où tout a commencé, sans rien éviter : les frenchs cancans, la gouaille toute parisienne, les moments durs, la peur de l’abandon, l’érotisme, l’alcoolisme, etc. Grandsart n’hésitant pas à trinquer, fumer, danser sur les genoux d’un inconnu, de chanter à l’unisson, avec un public ravi de participer à cette aventure. L.S.

Notes : 

Loïc Smars : 6/10
Christophe Mitrugno : 6/10

Loïc Smars et Christophe Mitrugno

Loïc Smars
A propos Loïc Smars 312 Articles
Fondateur et rédacteur en chef du Suricate Magazine