Titre : Un nouveau nom
Auteur.ice : Jon Fosse
Editeur : Christian Bourgois
Date de parution : 9 avril 2026
Genre : Roman
Dans sa monumentale Septologie, Jon Fosse s’aventure depuis 2021 dans un roman métaphysique d’une rare densité. Avec Un nouveau nom (VI-VII), publié aux éditions Christian Bourgois, l’écrivain norvégien conclue cette étrange traversée intérieure où la foi, l’art et la solitude s’entremêlent dans un flux continu de pensées et de souvenirs.
La Septologie ou la question du double
Asle est un peintre veuf vivant dans les fjords norvégiens. Converti au catholicisme après la mort prématurée de sa femme Ales, il mène une existence austère et presque ascétique, rythmée par sa peinture, ses réflexions sur Dieu et ses rares relations humaines. Face à lui apparait un autre Asle, son double exact, ce dernier ayant toutefois sombré dans l’alcool et la folie. Toute la Septologie repose sur cette dualité troublante : qu’est-ce qui fait que l’on vit sa propre vie plutôt que celle d’un autre ? Où se situe la frontière entre le salut et la perdition ?
Pendant sept jours, Asle ressasse ainsi sa vie de manière incomplète et virevoltante, passant d’un souvenir à une réflexion religieuse, d’une toile à une rencontre avec Asleik le pêcheur ou avec Beyer, le galeriste chez qui ses œuvres se vendent avec succès. Là où son double alcoolique s’effondre progressivement, Asle parvient à maintenir un équilibre précaire grâce à sa foi et à son art.
Jon Fosse construit ainsi un récit profondément mystique, largement nourri de sa propre conversion religieuse. Dieu y occupe une place centrale, non pas comme certitude éclatante, mais comme présence diffuse, silencieuse, presque obsédante. Derrière les longues méditations d’Asle se dessine une interrogation plus large sur la possibilité de conserver une foi sincère dans un monde moderne devenu rationnel et désenchanté.
Une approche unique en son genre
Tout au long du livre, le style de Fosse repose sur une simplicité trompeuse. L’absence de repères engendre d’abord une certaine confusion. Les personnages portent des noms proches ou identiques, les lieux demeurent volontairement vagues et les décors eux-mêmes semblent dépouillés. Cette désorientation permanente exprime admirablement l’angoisse intérieure des personnages. Revers de la médaille, la lecture en est parfois rendue difficile, l’interprétation du texte n’est jamais immédiate et certaines longueurs existentielles peuvent finir par perdre le lecteur.
Rebutante de prime abord, l’absence de ponctuation cherche quant à elle à devenir l’une des grandes forces du roman. Le texte avance dans un mouvement continu et donne au récit une rapidité étonnante. Les pages défilent sans interruption et le lecteur se laisse progressivement happer par ce flot de conscience haletant où passé et présent se confondent sans cesse. Les paysages froids de Norvège renforcent finalement cette atmosphère hypnotique.
Un écrivain à part
De manière générale, Fosse confirme son statut de poète capable de transformer l’ordinaire en expérience spirituelle. Si Blancheur pouvait paraître beaucoup plus opaque la Septologie apparait plus maitrisée. Avec Un nouveau nom, Jon Fosse clôture un roman exigeant et déroutant, œuvre profondément personnelle qui confirme la place à part de l’auteur norvégien dans la littérature contemporaine.
Si vous souhaitez en savoir plus, Arte a réalisé un reportage à son sujet.
