
Truly Naked
Réalisatrice : Muriel d’Ansembourg
Genre : Drame
Acteurs et actrices : Caolán O’Gorman, Andrew Howard, Alessa Savage
Nationalités : Pays-Bas, Belgique, France
Date de sortie : 3 juin 2026
Quand votre papa est acteur porno, ce n’est pas facile de vous faire des potes à l’école. Avec internet, les informations circulent vite – les vidéos aussi. Alors, si c’est vous le cadreur et le monteur desdites vidéos, c’est encore plus difficile de s’adapter. Quand votre professeure vous demande, pour un travail de groupe, de vous joindre à une fille pour parler en classe avec une “perspective masculine et féminine” de l’addiction du porno en ligne, le challenge de laisser cette partie de sa vie personnelle cachée se complexifie.
Muriel d’Ansembourg réalise avec Truly Naked son premier film, dont l’objectif semble assez clair : parler d’un point de vue “féministe” de l’industrie du porno et du sexe de manière générale. Le film démarre avec des scènes “typiques” de la pornographie, parfaitement chorégraphiées : le père, Dylan, la cinquantaine bien frappée, prend par derrière une jeune femme blanche aux formes rebondies, en l’insultant, avant de jouir sur son visage. La lumière est crue, la rencontre aussi. C’est un show, une cow-girl montée par un cow-boy. Sans grande surprise, son fils Alec aura aussi des relations sexuelles avec Nina, sa camarade de travail de groupe. À l’inverse, leurs rapports seront montrés tâtonnants, dans le noir, à peine visibles, avec des caresses, des éjaculations trop rapides, non spectaculaires mais aussi des demandes non respectées qui mettent en tension la relation. Le monde patriarcal incarné dans le porno est difficile à désapprendre.
L’objectif de la réalisatrice est louable et beau. Cependant, elle nous demande aussi d’accrocher aux prémices de départ qui sont quand même dures à avaler : un collégien, donc potentiellement mineur, filme son père non seulement avoir des érections, mais pénétrer des jeunes femmes un peu plus âgées que lui, Alec. Le travail du père, Dylan, se fait à la maison. Il invite “les filles”, crée des capsules pour se faire un maximum de pognon (du moins l’espère-t-il). Et Alec est bon dans ce qu’il fait : prendre des photos, demander aux filles d’écarter les jambes, de montrer leurs trous. Dylan a du mal à se réveiller le matin, il a des dizaines de factures impayées, il est immature et « abuse » de son pouvoir comme un adolescent attardé, en faisant du chantage affectif. Alec est l’adulte dans l’histoire, peut-être depuis le décès de sa mère, ancienne performeuse qui a rencontré son père sur un tournage, alors qu’il avait 12 ans.
Dans l’absolu, la réalité étant toujours plus folle que la fiction, ces prémices de départ sont potentiellement crédibles. Cependant, il manque alors au film la folie de la démesure de ce que la situation devrait générer. Ici, Alec a l’air d’être un adolescent hétéro (la question de l’homosexualité masculine n’est pas posée) tout à fait “normal”, à savoir qu’il est un peu gêné de parler aux filles. Rien n’est montré qui nous dirait que cette vie de très jeune caméraman dans un climat presque incestueux (qui filmerait son père ou sa mère avoir du sexe, adolescent, dans le cadre d’une production pornographique, comme s’il s’agissait d’une vidéo lambda prise le dimanche matin entre le croissant et le café, sans avoir d’effet sur sa psyché ou sa manière de relationner ?) est un terreau fertile pour une certaine violence interne, psychique, mentale.
Le film, plutôt que de jouer sur un rythme enjoué, prend l’option d’un rythme lent appuyé. Alec réalise lentement que son père fout n’importe quoi et est même prêt à demander à une fille quelconque rencontrée à la pharmacie de venir filmer une scène chez lui ou à commander un poulpe géant vivant pour faire du sexe à trois, peu importe le consentement des parties (animales et féminines).
Nina lui dira non, et Alec éjaculera quand même lui aussi sur son visage ou aux alentours, de manière moins contrôlée toutefois que les éjaculations professionnelles de son père. Pour Alec, le sexe est synonyme de pénétration. À lui seul, il devient une synecdoque des hommes éduqués par le porno, il les représente tous à sa manière à lui, penaude, tendre, adolescente, maladroite. C’est un garçon comme un autre. Au point de se demander vraiment à quoi sert cette backstory de père-acteur porno dont Alec filme le sexe en érection à quelques centimètres de distance. Le travail sur le porno demandé par leur professeure est très vite une excuse pour montrer Alec et Nina se rencontrer dans des endroits improbables de l’Angleterre, en l’occurrence au pied d’une falaise le long de l’eau, là où les rochers ressemblent à des sexes de femmes. Excepté une fois, lorsque le couple énumère les différentes manières d’insulter une femme lorsqu’on fait du sexe, on ne les verra jamais plus travailler. Ce projet scolaire est une excuse pour les deux ados pour se découvrir sexuellement. Rien de nouveau sous le soleil, là-dessus, c’est peut-être même le but derrière chaque projet scolaire collectif, la rencontre (qu’elle soit sexuelle ou non). Sauf que la réflexion passera ici par un échange sur le féminisme entre Nina et Lizzie, une actrice porno fière de son travail, rencontrée chez Alec. Comme si Muriel d’Ansembourg transformait leur production scolaire (l’influence du porno dans la vie des jeunes gens) en travail pratique, en théorisant elle-même le propos à leur place.
Truly Naked joue donc sur plusieurs niveaux : le film pornographique et les dessous de l’industrie du X d’un côté, l’initiation adolescente du sexe à travers le contexte scolaire de l’autre. Les scènes porno y sont montrées brutes de décoffrage, très explicites, comme on peut le voir gratuitement sur internet. Le film est seulement interdit aux moins de 16 ans mais les actes et gestes restent très visibles et centraux, même si le sperme est sans doute à base de mayonnaise (les scènes de sexe étant montées différemment qu’un porno de base). Les scènes se déroulant à l’école sont montrées sans grande originalité, dans les couloirs, en classe, où Nina et Alec se retrouvent à plusieurs reprises mystérieusement seuls. Alec subit du harcèlement scolaire de la part d’un garçon débile. Le film avance exactement là où on l’attend, en suivant son petit bonhomme de chemin tout tracé. On aurait apprécié davantage de révolte et de dinguerie, dans le rythme et dans les personnages : de la part de Nina, jeune féministe au regard ferme et amusé, jouée par la jeune Safiya Benaddi, de la part du père, quinqua complètement perdu dans son délire, de la part d’Alec, ado qui joue sa partition d’ado qui ne sait pas quoi faire de ses bras sauf quand il a une caméra en main pour filmer des jambes de femmes écartées pour accueillir son père. La seule fidèle à l’énergie de son personnage et à la folie joyeuse du sujet de départ, c’est finalement Alessa Savage, actrice porno dans la vraie vie, qui joue Lizzie, une fille engagée par le père d’Alec.
