
Orphan
Réalisateur : László Nemes
Genre : Drame
Acteurs et actrices : Bojtorján Barabas, Andrea Waskovics, Grégory Gadebois
Nationalités : Hongrie, France, Allemagne, Grande-Bretagne
Date de sortie : 3 juin 2026
À l’écriture se pose toujours, et si possible le plus tôt possible, cette question : quel est mon public cible ? Parce qu’écrire « pour tout le monde », c’est bien souvent n’écrire pour personne. Du moins, pour personne de précis, n’incarner donc rien de très concret, qui, en bout de course, faute de personnalité, ne brillera que par sa consensualité, d’aucuns diront sa fadeur. À l’inverse, il ne faut pas croire que le choix d’un public cible prive du reste des potentiel.le.s spectateurices, tout dépend de la taille de ladite cible, et de la proximité que l’auteur veut avec. Cependant, quand la proximité est grande et qu’on n’est vraiment pas la cible, le film peut perdre beaucoup de son intérêt. C’est malheureusement le cas d’Orphan, le prochain film de László Nemes.
Alors pourquoi c’est si niche ? Déjà, parce que le point de départ du long-métrage, c’est la Hongrie des années 50. Or, rares sont les spectateurices qui, en francophonie, vont avoir un lien direct avec cette période. Outre la distance qui nous sépare du cadre spatio-temporel de l’histoire, la Hongrie des années 50, ça n’évoque rien d’emblée à la différence du premier film du réalisateur, Le Fils de Saul, qui, montrant l’horreur des camps d’extermination, instaure son récit dans un imaginaire très fourni pour toute personne européenne ou occidentale, a minima. C’est donc via l’universalité de sa narration que László Nemes aurait pu tisser un lien entre lui et le monde. Mais ça n’a pas été le choix du réalisateur.
Car Orphan, c’est l’histoire d’un jeune hongrois découvrant au début de son adolescence que son père n’est pas le mari de sa mère, présumé mort dans les camps de concentration, mais l’homme qui a caché cette dernière pendant la Seconde Guerre mondiale. Un an seulement après la révolution avortée de 1956, le jeune Andor, doit, tout comme son pays, se construire à nouveau sur les débris de la guerre, les secrets et les mensonges de cette nouvelle ère sous influence soviétique. Le film est donc un récit national où la Hongrie et Andor ne font qu’un, l’une ayant été abandonnée par l’Occident, l’autre par un père qui ne l’a jamais été, et tous deux subissant le joug autoritaire d’une entité bien plus grosse, riche et puissante qu’elle.
Ainsi, pour toute personne ayant un lien plus ou moins grand avec la Hongrie, pour toute personne intéressée par l’histoire du bloc de l’Est, ou encore pour toute personne ayant vécu une révolution ratée, réprimée dans le sang, Orphan sera un film important, un morceau d’histoire, un drame national dont on parle enfin. Pour tous les autres, le film ne sera qu’un bon film, malheureusement trop peu universel.
