
Teenage Sex And Death At Camp Miasma
Réalisateur-trice : Jane Schoenbrun
Genres : Comédie, Epouvante-horreur
Acteurs et actrices : Hannah Einbinder, Gillian Anderson, Amanda Fix
Nationalité : USA
Date de sortie : 19 août 2026
Le nouveau film de Jane Schoenbrun a fait sensation à Cannes en gagnant la Queer Palm, prix LGBTQIA+ décerné au festival depuis 2010. Deux ans après le magnifique I Saw the TV Glow, l’artiste revient avec Teenage Sex And Death At Camp Miasma, explorant à nouveau les rapports complexes entre l’identité queer et les médias audiovisuels dans un décor pictural et onirique.
Kris (Hannah Einbinder), jeune réalisatrice, travaille sur le reboot de Camp Miasma, une franchise de slashers des années 80. Fan du tout premier opus, elle décide de partir à la rencontre de Billy (Gillian Anderson), la star et final girl originelle, afin de la convaincre de reprendre son rôle. Mais lorsqu’elle rejoint l’actrice, recluse et solitaire, Kris est embarquée dans un univers chaotique et sanglant où se mêlent angoisse et désir.
Un hommage aux slashers
Dès les premières minutes, Teenage Sex And Death At Camp Miasma a de quoi ravir les fans de slashers aguerri·es. Les plans fixes sur les VHS et nombreux produits dérivés de la saga Camp Miasma s’enchaînent, posant très vite les bases de ce monde fictif. En un temps record, Schoenbrun donne vie à une franchise horrifique empruntant énormément à Vendredi 13 et autres slashers de camp d’été. Les admirateurs et admiratrices du genre se voient donc facilement en miroir avec Kris, amoureuse absolue de cette série de films et incollable sur le sujet. L’écriture du personnage doublée de son interprétation en font un être humain complexe, perdue dans un flottement existentiel dans sa vie en apparence plutôt calme. Ce calme, qui cache en fait une anxiété profonde, sera bouleversé par l’apparition de Billy, l’autre personnage central du récit. Ensemble, elles explorent ce qui a fait le succès du premier Camp Miasma, ainsi que le challenge qui se pose par rapport à l’établissement d’une suite. Kris, personne queer et aux idées progressistes, se heurte à Billy, moins au fait des préoccupations d’une jeunesse intéressée par la diversité et la justesse des représentations de minorités dans l’audiovisuel. Sans glisser dans la gêne typique de boomers, les scènes d’incompréhension entre les deux femmes apportent un humour absurde absent des œuvres précédentes, plus sombres, de Schoenbrun. Et cet humour fait beaucoup de bien.
La trame narrative des deux protagonistes est entrecoupée de morceaux du premier Camp Miasma. C’est sur ces parties que le death du titre prend tout son sens : les geysers de sang et les meurtres perpétrés par Little Death, le boogeyman de la franchise, envahissent l’écran. Tout comme son précédent long-métrage, Schoenbrun brouille progressivement la frontière entre la fiction et la réalité vécue par le duo principal. L’intrigue principale se passe d’ailleurs au sein même du campement où Camp Miasma a été tourné, première couche du caractère méta qui plane sur tout le récit. Cette critique n’en dira pas plus que la phrase prononcée par Billy dans le trailer : « There’s a hole at the bottom of the lake where the movies come from » (ou « Il y a un trou au fond du lac d’où viennent les films »). En mélangeant fiction et réalité, Schoenbrun parvient à embrasser ce qui fait la recette d’un slasher jouissif tout en la déconstruisant dans ses codes les plus datés. Ainsi, le film se découvre à la fois comme un hommage et une relecture du genre.
Parlons sexe
L’autre pendant de Teenage Sex And Death At Camp Miasma est bien évidemment le sexe. Tout comme avec ses précédentes productions, Schoenbrun puise dans ses propres expériences et son vécu de personne trans et non-binaire pour créer. Ce film fait alors écho à son parcours à travers une sexualité difficile à explorer en tant que personne queer dans un monde où l’hétérosexualité reste considérée comme la norme. Le sexe est présent dans ce long-métrage et est développé en tant qu’apprivoisement d’autrui mais également de son propre corps, en passant de terrifiant à libérateur. La pression sociale adolescente d’avoir une sexualité active est aussi abordée avec un focus tout particulier sur les violences et les traumatismes que cela peut entraîner. Le tout en évitant un regard lubrique et une hypersexualisation perverse pour laisser parler les personnages féminins, progressivement actives et épanouies dans leur sexualité. On assiste alors à une vraie ode à la découverte de soi et au lâcher-prise, écrite et montrée avec grande sensibilité.
Le désir existe donc au centre sous le regard féministe et queer de Schoenbrun. Son film met une emphase sur l’importance de se sentir bien dans son corps par le biais d’une sexualité non-traumatique, avec quelqu’un de confiance. La douceur ambiante de cette œuvre peut paraître incohérente vu son imagerie sanglante, mais c’est bien cette douceur bienveillante qui fait de ce film un chef-d’œuvre intemporel à ne surtout pas manquer.
