Écriture et interprétation Geneviève Damas
Du 10 mars au 28 mars 2026
Théâtre Les Tanneurs
Dans un seul-en-scène poignant, Geneviève Damas transforme un sujet plutôt banal, la peur de dépenser, en une exploration intime de sa mémoire familiale. Entre confidences discrètes, autodérision et moments de pure émotion, la comédienne remonte le fil d’un héritage féminin marqué par le manque et les opportunités ratées. Mais derrière cette anxiété financière se dessine en réalité le portrait bouleversant d’une figure maternelle au destin brisé.
Révélations familiales
Dès les premières minutes, Geneviève Damas installe une atmosphère d’intimité. Elle évoque ces petites hontes quotidiennes, minuscules et si universelles. Parmi elles, la relation anxieuse qu’elle entretient avec l’argent va devenir le fil conducteur du spectacle. Le ton reste simple et mesuré, comme une confidence adressée directement aux spectateurs.
Scène après scène, on comprend que cette inquiétude financière s’inscrit dans une histoire familiale complexe. Avec un humour charmant, l’autrice explore les différences de rapport à l’argent au sein de sa propre famille, les habitudes transmises, et les réflexes en héritage. Au fil du récit apparaissent aussi des souvenirs plus précis : l’origine du compte bancaire en Suisse, l’apport d’une dot considéré avec tellement d’importance ou l’équilibre fragile de familles où les rôles semblent déjà tracés.
De l’intime au social
La dimension personnelle du spectacle est renforcée par la projection de photographies anciennes, accompagnées d’une musique douce et discrète. Ces images deviennent des fragments de mémoire évoquant les générations marquées par les guerres, l’Occupation et la peur persistante de la privation.
Peu à peu, le spectacle prend une dimension plus vaste. Ce qui pouvait sembler n’être qu’un simple trait de caractère maternel devient le symptôme d’une réalité sociale plus large. La comédienne envisage alors la manière dont les femmes ont été empêchées d’étudier, d’exercer un métier et d’acquérir une véritable autonomie financière. A travers ce récit familial, Geneviève Damas met donc en lumière l’immense gâchis intellectuel et l’impact psychologique qu’ont représenté ces barrières imposées aux femmes.
Une émotion délicate
Malgré la gravité du sujet, Respire ne sombre jamais dans l’amertume ou dans l’accusation. La plaisanterie et la tendresse traversent constamment le spectacle, donnant aux moments les plus sombres une intensité particulière. A la fois sensible et révoltant, le texte laisse une impression durable. Il rappelle notamment à quel point certaines histoires individuelles peuvent encore venir éclairer une période que l’on croyait révolue.
Le texte du spectacle est disponible à la vente après la représentation. Une lecture que l’on recommande vivement.
