Écriture collective
Avec Edson Anibal, Ayoub Benali, Oumar Diallo, Judith Gaillard Hwang, Alex Lobo, Louise Moret, Warda Rammach, Mehdi Zekhnini
Mise en scène Jonathan Kibani Moncef Boussaleh
Du 10 mars au 20 mars 2026
Le Rideau
Démocratie : de grec ancien δημοκρατία, demokratia, composé de dêmos (peuple) et kratos (pouvoir). Au théâtre, il n’y a pas vraiment de démocratie. Il y a une programmation sur laquelle le dêmos n’a pas le kratos, mais il y a surtout des représentations où des comédien.ne.s jouent devant un public sage et silencieux. Si, effectivement, ce n’est une approche très démocratique, cette manière de faire permet des spectacles prévus, stables, cohérents, permet l’expression du point de vue de l’auteur, du metteur en scène, de la troupe dans son essence la plus pure.
Seulement. Seulement, voilà, lorsqu’on parle de démocratie, d’engagement, de vivre ensemble, mais qu’on laisse muette son audience, il y a comme une adéquation entre le fond et la forme. Le discours est bien beau, mais les actes dans tout ça ? Évidemment, c’est un équilibre à trouver. L’idée n’est pas d’arriver sur scène et dire à son public « allez faites un truc », mais de donner le choix, celui de participer ou non, de s’engager ou non dans la représentation. C’est du moins ce après quoi court la troupe du Sbeul avec Miskine, la démocratie. C’est surtout ce que trouve la troupe du Sbeul avec ce spectacle.
Au départ un postulat franchement inattendu « Il est arrivé quelque chose à quelqu’un du théâtre, alors, en signe de protestation, nous ne jouerons pas. Rallumez les services, ouvrez les portes, ce soir c’est ciao. » Et à partir de là, une série de saynètes, de dialogues entre les comédien.ne.s et le public, chacun.e nous parle de son rapport à l’engagement, de sa peur, de son envie. Certain.e.s kidnappent des spectateurs pour quelques instants, d’autres en font monter sur scène. Entre le nous, confortablement installés dans nos sièges, et le eux, déclamant des discours enflammés sous les projecteurs, la frontière se casse. On est où ? Au théâtre ? Devant une performance ? Dans une réunion syndicale ? Au cœur d’une ZAD ? Perso j’en ai aucune idée. Ce qui est sûr ce que l’important n’est pas de définir ce qu’on regarde, mais de comprendre ce qu’on entend. Ou du moins, d’écouter.
Miskine, la démocratie n’est pas une pièce comme les autres, on le perçoit vite. C’est un coup de gueule aussi bienveillant que rafraichissant. Un discours aussi poignant que drôle où des comédien.ne.s où des comédien.ne.s jouent. Dans le sens premier du terme, ils jouent, s’amusent, donnent l’impression d’improviser tout le temps, comme de grands enfants. Comme de grands enfants qui n’auraient pas laissé tomber leurs idéaux sur l’autel d’une pseudomaturité, du « on fait ce qu’on peut », du « on va pas changer le monde de toute façon ». Les enfants créent, repensent, inventent constamment, certains appelleront ça naïveté, on préférera dire liberté. Quoiqu’il en soit, la troupe du Sbeul tente quelque chose, faire tomber le mur entre celleux qui décide ce qu’il se passe et celleux qui regardent passivement. Remettre la place qu’on nous a assignée en question, toujours, tout le temps. Et ne serait-ce que pour ça, Miskine, la démocratie fait un bien fou.
PS : Y a plein d’autres trucs qui font un bien fou dans cette pièce. Moi je vote pour que vous alliez la voir.
