Idée et direction Matteo Sedda
Chorégraphie et performance Marco Labellarte, Matteo Sedda
Du 10 mars au 14 mars 2026
La Balsamine
Inspiré du film Blue, dernier long métrage de Derek Jarman sorti en 1993 — quelques mois avant le décès du réalisateur des suites du VIH — la pièce de Matteo Sedda, coprésentée par La Balsamine et Charleroi danse, propose une performance à la frontière entre l’hommage au cinéaste et sa réinterprétation actuelle et intime.
Matteo Sedda transpose ici l’œuvre de Jarman pour en extraire un propos teinté de sa propre histoire et de l’imaginaire homoérotique. Sur scène, on le retrouve accompagné du performeur Marco Labellarte. Le duo, au centre du plateau, se fixe. Plongés dans le regard l’un de l’autre, ils ne le quitteront jamais, comme un lien tendu et inextricable. Dans une danse homo-folk qui redessine ses propres contours, les corps oscillent entre désir, lutte et disparition. Les deux interprètes tracent un cercle dont la circonférence évolue, s’ouvre et se resserre. C’est dans ce mouvement ininterrompu que se déploient leurs corps et leurs intentions, parfois douces, parfois menaçantes. Une danse à deux comme exploration du lien et du désir qui les unit. Cette danse circulaire devient peu à peu un rituel, un espace où leurs corps explorent la proximité, la confrontation, l’attachement et la sensualité, la fatigue aussi.
La dualité est au centre du propos. Tout y est décomposé en gestes symétriques, empruntant à la tension fondamentale entre Éros et Thanatos : le désir de vivre et la présence persistante de la mort. Dans cette opposition, les regards — toujours fixes, toujours tendus — laissent apparaître des sourires ou de la provocation, de la violence et de la douceur. Un langage théâtral non verbal se déploie dans l’action et le fil reste tendu : à les regarder, on pourrait avoir le tournis, mais les danseurs ne flanchent pas. Ils éprouvent le dispositif, s’en saisissent pour exprimer une pulsion de vie pendant que la mort rôde. Et lorsque l’on découvre l’histoire de cette performance, on comprend. Dans Blue, Derek Jarman crée un lien entre sa mort imminente et l’expérience sensorielle du film, constitué uniquement de témoignages sonores.
L’image unique — ce bleu Klein qui traverse le film de Derek Jarman — devient ici mouvement, expérience et lumière sur les corps en action. Sans jamais relâcher leurs regards, cette danse apparaît comme une variation de cette image bleue, une réinterprétation incarnée du geste ultime et vivant de Derek Jarman. À la croisée de l’hommage à l’artiste et de la pulsion d’exister, Fuck me Blind devient un acte de transformation, d’affirmation et de résistance : un geste d’amour queer qui continue de se mouvoir, même par-delà la mort.
