Qui a tué mon horrible grand-père ? Une enquête d’Edna Garlic
Auteur : Alex T. Smith
Éditeur : Casterman
Date de parution : 1 avril 2026
Genre : Roman jeunesse, roman policier
Qui a tué mon horrible grand-père ? Une enquête d’Edna Garlic est un roman policier pour jeunes lecteurs à partir de 9 ans qui réussit un savoureux grand écart : une intrigue solidement construite, un suspense digne des classiques du genre, et un ton délicieusement irrévérencieux. Avec ses près de 400 pages, le livre s’adresse à celles et ceux qui sont déjà très à l’aise avec la lecture autonome… et friands de mystères à élucider.
Un meurtre à huis clos, dans un manoir isolé
La narratrice, Edna Garlic, 11 ans, est la benjamine d’une famille de la noblesse anglaise. Elle vit à Londres avec ses parents et la plus jeune de ses sœurs aînées. Un jour, son grand-père, un baron aussi riche qu’exécrable, convoque d’urgence toute la famille dans le manoir familial, perdu au cœur de la forêt. L’invitation coïncide avec ses 90 ans, mais Edna n’est pas dupe. Cette invitation cache quelque chose, car l’homme n’a jamais, jusque-là, fêté son anniversaire en famille.
Comme le laisse deviner le titre, le grand-père est retrouvé mort dans son bureau le soir même des retrouvailles. Ce décès survient à environ un tiers du roman. Le lecteur, qui attendait jusque-là avec impatience le moment du meurtre, entre alors de plain-pied dans une enquête en huis clos où chaque membre de la famille devient un suspect potentiel.
Qui a tué mon horrible grand-père ? reprend les codes du roman policier situé dans un manoir anglais. Tout y est : une tempête de neige qui coupe le domaine du reste du monde, des rivalités autour de l’héritage, des secrets de famille soigneusement enfouis et, comme souvent, des vérités partielles qui transforment chacun en coupable idéal.
Une détective en herbe aussi drôle que perspicace
Le cœur du roman, c’est Edna. Curieuse, malicieuse, passionnée de romans policiers, elle rêve depuis toujours de découvrir un cadavre : une ambition qu’elle annonce sans détour dès le prologue. Les adultes, évidemment, ne la prennent pas au sérieux. L’enquête officielle est menée par un inspecteur à la retraite, ami de la famille. Mais Edna est déterminée à élucider l’affaire avec ses deux acolytes : Archie, le fils de la gouvernante, devenu muet à la suite d’un choc émotionnel, et Charles Darwin, sa fidèle tortue de compagnie.
Sa voix, pleine d’autodérision et d’ironie, donne au récit une tonalité irrésistible. On reconnaît le style humoristique de l’auteur de Comment Winston a sauvé Noël et Le Noël enchanté de Winston. Les noms fantaisistes des personnages (de madame Crumpet la cuisinière à l’inspectrice de police Gladys Matraque) et certaines figures volontairement caricaturales instaurent une distance émotionnelle qui désamorce la noirceur du crime au profit du rire.
Une ambiance feutrée où le suspense s’infiltre partout
Si l’humour fait mouche, le suspense n’est jamais sacrifié. L’atmosphère est remarquablement maîtrisée : on frissonne avec Edna lorsqu’elle espionne, la nuit, dans les couloirs sombres du manoir gelé. La structure du roman est particulièrement soignée, avec 58 chapitres courts répartis en sept grandes parties.
Les illustrations en noir et blanc participent pleinement à l’immersion. En tête de chaque chapitre, un objet du manoir (bijou, meuble, bibelot…) est représenté, qui joue un rôle dans l’intrigue. Par ailleurs, la reproduction de « pièces à conviction » ponctue les transitions entre chaque grande partie. Quant à la couverture, bien sympathique, elle se révèle riche en détails qui prennent sens au fil de la lecture.
Au final, Qui a tué mon horrible grand-père ? est un roman policier jeunesse extrêmement réussi, drôle, inventif et bien construit. Un livre très gratifiant pour les jeunes lecteurs qui aiment les intrigues longues et les héroïnes au caractère bien trempé.
