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    Fortune d’Elie Ramanankavana : un premier roman entre violence et rédemption

    Fortune, c’est un prénom qui sonne comme une promesse non tenue. Et c’est la promesse d’une femme fracassée par la mort de sa mère, consumée par une obsession de vengeance qui va l’entraîner dans une spirale de violence dont elle ne maîtrise plus grand chose. Autour d’elle gravitent Misère, Azur et d’autres figures qui évoluent dans la corruption du quotidien, dans ces zones grises où l’intime et l’Histoire se fondent l’un dans l’autre jusqu’à ne plus se distinguer. Avec Fortune, Elie Ramanankavana signe un premier roman ambitieux et habité, porté par un verbe impétueux qui ne demande pas la permission.

    Disons-le d’emblée : ce roman ne ressemble à rien de très confortable. Il ne cherche pas à rassurer, ni à guider le lecteur par la main à travers son architecture narrative. Ramanankavana construit un univers où les voix se mêlent progressivement, où les identités se brouillent, où la frontière entre les personnages finit par vaciller. Qui est Fortune ? Qui est Misère ? La question n’est pas posée pour rester sans réponse : elle est posée parce que la réponse, justement, change selon l’angle depuis lequel on regarde. Ce flou identitaire, délibéré, traduit quelque chose de profond sur la nature de la violence : elle défigure non seulement ceux qu’elle frappe mais aussi ceux qui la portent.

    La structure narrative peut avoir tendance à perdre le lecteur, et il faut l’admettre honnêtement. Ce roman demande une disponibilité particulière, une disposition à lâcher prise sur le besoin de tout comprendre immédiatement. Ce n’est pas une lecture qu’on dévore distraitement. C’est un texte qui exige qu’on lui accorde une attention soutenue, et qui ne récompense pas toujours cet effort avec la clarté qu’on pourrait espérer. Certains lecteurs pourraient décrocher en chemin et ce serait dommage, parce qu’il y a dans ce roman des choses qui méritent vraiment d’être trouvées.

    Car ce qui sauve Fortune, c’est l’écriture. Franche, rapide, sans fioriture inutile. Ramanankavana écrit avec une urgence palpable, comme quelqu’un qui aurait trop longtemps gardé quelque chose sous pression et qui laisse enfin tout sortir. On sent un auteur qui a des choses à dire et qui les dit avec ses propres règles, sans se soucier des conventions du roman bien tempéré.

    Ce qui est peut-être le plus inattendu et le plus révélateur, c’est de se retrouver davantage touché par Misère que par Fortune elle-même. Pourtant c’est Fortune, la protagoniste, celle autour de qui tout s’organise. Mais il y a dans Misère quelque chose de plus immédiatement humain, une vulnérabilité plus accessible, une façon d’exister dans le texte qui capte l’empathie presque malgré lui. Ce déplacement affectif n’est pas nécessairement un défaut de construction, il révèle peut-être l’intention profonde de Ramanankavana : montrer que le monstre dont parle le roman ne réside pas là où on l’attend, que la victime n’est pas toujours celle qu’on désigne, que la violence redistribue les rôles avec une cruauté aveugle. On ne sait pas, on suppose et on adore supposer.

    La dimension malgache du roman mérite également d’être soulignée, parce qu’elle est bien plus qu’un simple décor exotique. Madagascar et sa corruption quotidienne, ses fractures sociales, ses silences politiques constituent le terreau dans lequel poussent les destins de ces personnages.

    Fortune est un premier roman imparfait dans sa forme mais sincère dans son intention. On attend la suite avec une curiosité mêlée d’impatience : ce que ce jeune auteur fera avec sa propre fougue promet d’être remarquable.

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    Titre : FortuneAuteur.ice : Elie RamanankavanaÉdition : Asmodée EdernDate de parution : 26 aout 2026Genre : Roman Fortune, c’est un prénom qui sonne comme une promesse non tenue. Et c’est la promesse d'une femme fracassée par la mort de sa mère, consumée par une obsession de vengeance qui va l'entraîner...Fortune d'Elie Ramanankavana : un premier roman entre violence et rédemption