
L’éblouissante lumière des deux étoiles rouges
Auteur : Davide Morosinotto
Éditeur : L’école des loisirs
Date de parution : 3 juin 2026
Genre : Roman pour (pré)ados, Roman historique
Avec L’éblouissante lumière des deux étoiles rouges, roman historique destiné aux (pré)adolescents dès 11 ans, le siège de Léningrad devient le décor d’un récit intense dont les héros sont deux jumeaux séparés par la guerre. Cette fresque ambitieuse de 600 pages, traduite de l’italien et initialement publiée en 2019, est désormais disponible en format poche.
Une séparation insupportable
Nadia et Viktor ont 13 ans à l’été 1941, lorsque l’Allemagne nazie décide d’attaquer l’URSS. Élevés dans une famille fidèle au Parti communiste, ils habitent Léningrad (aujourd’hui, Saint-Pétersbourg) où ils aiment passer des heures au musée de l’Ermitage. Face à l’avancée des troupes allemandes, les autorités décident d’envoyer les enfants de la ville vers l’Oural pour les mettre en sécurité. Nadia et Viktor s’apprêtent donc, non sans appréhension, à quitter leurs parents, sans savoir quand ils les reverront. Au moment de prendre le train vers l’est, ils sont séparés de force. L’angoisse devient alors insoutenable. Comment les deux jumeaux vont-ils respecter leur promesse de veiller l’un sur l’autre ? Comment retrouver quelqu’un dont on est sans nouvelle dans un pays en guerre ?
Un récit ingénieux à plusieurs niveaux
Avant leur séparation, les jumeaux se promettent de consigner leur périple dans un cahier. Le roman adopte ainsi une forme originale : une narration à deux voix, alternant les notes de Nadia, en noir, et celles de Viktor, en rouge. À cette structure s’ajoute un niveau de lecture supplémentaire : les écrits des adolescents sont commentés par le colonel Smirnov. Cet inspecteur du régime soviétique est chargé en 1946 d’enquêter sur les jumeaux pour déterminer leur culpabilité éventuelle dans une série d’accusations portées à leur encontre. Ce regard extérieur, bureaucratique et soupçonneux, instaure un décalage parfois humoristique tant il contraste avec la spontanéité et l’idéalisme un peu naïf des jeunes narrateurs. Cette « enquête » nourrit aussi le suspense : de quoi Nadia et Viktor sont-ils coupables ?
L’éblouissante lumière des deux étoiles rouges inclut également, au fil des pages, des photos, des plans et divers autres documents « collés » dans les cahiers, donnant à l’ensemble une dimension quasi documentaire. Kolkhoze, goulag, forteresse et ville assiégées… À travers les péripéties des deux jeunes héros, le lecteur découvre au plus près de l’expérience soviétique de la Seconde Guerre mondiale.
Des péripéties à la fois héroïques et cauchemardesques
Tout en s’adressant à des (pré)ados, le roman aborde de front les horreurs de la guerre. Les bombes, les tirs, les mines antipersonnel, la faim, le froid… Les jeunes héros et leurs amis ne sont pas épargnés. Le siège de Léningrad est évoqué dans toute sa cruauté, avec les cadavres qui jonchent les rues, les silhouettes squelettiques des habitants affamés, et les bâtiments bombardés.
Les personnages sont crédibles et attachants, même si le personnage de Viktor, prêt à tous les dangers pour retrouver sa sœur, s’apparente un peu trop au stéréotype du héros hollywoodien. Sa « bravoure » frôle l’inconscience et met en péril ceux qui l’entourent. Certes, le personnage de Nadia est loin de se limiter à la sœur fragile qui attend son « sauveur ». Comme Viktor, elle fait preuve de courage et de leadership dans des conditions atroces. Il n’en reste pas moins que le roman aurait très bien pu fonctionner sans forcer autant le trait.
Le dénouement, quant à lui, est bien mené, avec un bon équilibre entre effet de surprise et vraisemblance historique. À la croisée du roman d’aventure et du témoignage historique, L’éblouissante lumière des deux étoiles rouges est une lecture dense et captivante qui permet de transmettre aux jeunes la mémoire d’un épisode particulièrement tragique du XXe siècle.
