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    On était des anges, pour ne pas faire long feu en enfer

    Dix secondes de Max Radiguès. L’été des charognes de Sylvain Bordesoules et adapté par Simon Johannin. Ou encore le très loué Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu qui lui avait valu le Prix Goncourt en 2018. On le sait : la littérature contemporaine raffole de ces récits d’adolescents qui végètent en zones péri-urbaines et rurales, emportés par l’ennui. Et la bande dessinée ne fait pas exception. C’est d’ailleurs le sujet qu’ont décidé de traiter les prolifiques auteurs Pandolfo et Rijsberg, à qui l’on doit notamment Copenhague, Le don de Rachel et Enferme-moi si tu peux.

    Dans une petite ville de province du grand est, Vivi, Chris, Magou et Tralala traînent, donc, leur cafard. Ils meurent à petit feu. Eux qui, pourtant, rêvent de brûler la chandelle par les deux bouts. On était des anges s’ouvre sur la menace d’un incendie, déclenché par la mère démissionnaire de Vivi. Pour cette adolescente emo, l’étincelle semble annoncer l’embrasement. Vivi ne supporte plus cette zone où règne la léthargie. Et lorsque sa route va croiser celle d’une étrange blonde aux paupières lourdes, ce qu’elle a toujours su va lui apparaître comme une évidence : il est temps de fuir.

    C’est un récit universel qu’abordent les deux auteurs. Et pourtant, c’est l’aspect générationnel qui est appuyé dans ce premier volume d’une saga en deux tomes. Vivi ou encore Tralala sont des purs produits des années 90 : concentré de punk aux yeux fardés et de petites Courtney Love. Cette joyeuse bande de tristes sirs collectionnent les posters de The Cure ou encore Siouxsie and the banshees, quand ils ne planifient pas la prochaine boum.

    Toute l’esthétique sur laquelle se construit ces courants musicaux s’accorde d’ailleurs assez bien au style des deux auteurs qui n’ont plus rien à prouver. Avec une belle série d’ouvrages à leur actif, Pandolfo et Rijsberg se sont composé un univers reconnaissable pour ses personnages aux regards expressifs et ses noirs cendrés. On était des anges reprend bien sûr ces mêmes codes graphiques, et offre au duo l’occasion, une fois encore, d’afficher leur dextérité tant dans l’écriture que dans le dessin.

    Même si On était des anges s’adresse à tous ceux qui ont, un jour, été jeunes, enfermés à la campagne comme dans une geôle à ciel ouvert, il trouve particulièrement son public parmi les nostalgiques des années nonante. Ceux qui ont vécu la dernière décennie du XXe siècle avec une impression d’apocalypse. Et pour ceux qui ne se sentent pas concernés, pas de panique ! Un deuxième tome est au programme. Il y serait également question d’adolescents… Mais trente ans plus tard.

    Cheyenne Quévy
    Cheyenne Quévy
    Responsable littérature

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    On était des angesScénario : Anne Caroline PandolfoDessin : Terkel RijsbergÉditeur : DargaudDate de parution : 27 février 2025Genre :Roman graphique Dix secondes de Max Radiguès. L’été des charognes de Sylvain Bordesoules et adapté par Simon Johannin. Ou encore le très loué Leurs enfants après eux de...On était des anges, pour ne pas faire long feu en enfer