Non réparable
Auteur : Hervé Giraud
Éditeur : Éditions Thierry Magnier
Date de parution : 11 mars 2026
Genre : Roman pour ados
Destiné aux adolescent.e.s dès 14 ans, Non réparable est un roman frontal sur le quotidien d’un jeune placé en institut spécialisé après des faits de violence scolaire. Un récit dur, parfois éprouvant, mais traversé par une lueur d’espoir : celle du pouvoir thérapeutique de la parole.
Un adolescent catalogué comme « irrécupérable »
Milo a 14 ans quand il est exclu de son collège. Ses accès de violence répétés envers ses camarades ont fini par convaincre ses professeurs qu’il n’y avait plus rien à faire. Direction un ITEP (institut thérapeutique, éducatif et pédagogique) où il rejoint d’autres adolescents cabossés, eux aussi enfermés dans la rage. Là-bas, Milo continue de cogner, d’insulter, de provoquer éducateurs et pensionnaires. La violence est son langage, son armure, sa manière d’exister.
Non réparable ne cherche jamais à édulcorer cette brutalité. Dès les premières pages, le lecteur est confronté à des pensées glaçantes, livrées sans filtre : « une fille est quasi morte à cause de moi et (…) je m’en fiche ». Une phrase choc, à l’image d’un narrateur qui ne cherche ni l’excuse ni la justification.
La parole comme fragile chemin de reconstruction
Raconté à la première personne, Non réparable adopte la forme d’un journal intime. Ce choix narratif fonctionne très bien lorsque Milo décrit ses actes et ses émotions brutes, mais à certains endroits le vocabulaire semble un peu trop littéraire pour coller pleinement à la voix du personnage, ce qui crée de petites dissonances.
Le seul adulte qui trouve grâce aux yeux de Milo, c’est le docteur G. Wolber, le pédopsychiatre de l’institut. Lors de leur séance hebdomadaire, le psy arrive petit à petit à percer la carapace de Milo et à lui faire raconter son enfance, marquée par la violence sadique de son père. « Quand on n’a qu’une vie pourrie depuis toujours, on croit que c’est ça, la vie », confie l’adolescent.
En nommant l’indicible, Milo prend conscience d’un traumatisme longtemps enfoui, et le lecteur mesure le pouvoir thérapeutique de la parole : à mesure qu’il se confie, le poids sur ses épaules semble s’alléger, pour lui comme pour nous.
Le livre établit un lien clair entre violence domestique et violence scolaire. Les scènes de maltraitance sont dures, parfois éprouvantes, mais jamais gratuites : elles permettent de comprendre comment Milo en est arrivé là, sans pour autant excuser ses actes.
La fin, quant à elle, se révèle un peu abrupte, mais évite l’écueil du happy end convenu. Rien n’est totalement réglé, et c’est sans doute ce qui rend Non réparable crédible et juste. Comme Troisième Chance, voici un roman qui questionne et qui nous rappelle qu’aucun adolescent n’est définitivement perdu, à condition qu’on lui tende une oreille attentive.
