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    Troisième chance, la violence scolaire racontée de l’intérieur

    Roman pour adolescent.e.s à partir de 14 ans, Troisième chance aborde de manière frontale la violence scolaire et le cyberharcèlement. À travers le parcours chaotique de Noa, une collégienne en rupture, le roman interroge la responsabilité des adultes, les mécanismes de la colère et les silences qui brisent.

    Une adolescente face au verdict des adultes

    Noa est une élève de quatrième dans un collège plutôt défavorisé. Pour la deuxième fois, elle comparaît devant un conseil de discipline. Cette fois, l’exclusion définitive semble inévitable. Violente, provocatrice, en rupture avec l’école et les autres élèves, Noa apparaît d’emblée comme un cas « problématique ». Mais comment en est‑elle arrivée là ? Et surtout, qu’est‑ce qui se cache derrière cette colère et ce rejet des autres ?

    C’est toute la force de Troisième chance que de refuser les réponses simples. Le roman, raconté à la troisième personne, adopte principalement le point de vue de Noa, tout en laissant place de temps à autres aux points de vue des autres personnages, souvent au sein d’un même chapitre. Ce choix narratif s’avère particulièrement efficace dans les scènes clés, comme celle du conseil de discipline. Le lecteur vit l’événement aux côtés de l’adolescente, en position d’« accusée », mais aussi à travers les yeux du jury adulte, du principal pressé d’en finir à la professeure de français empathique qui tente de comprendre Noa, en passant par les enseignants et les représentants des parents d’élève.

    Une construction à rebours

    La structure en trois parties du roman est particulièrement réussie. La première partie plonge le lecteur dans ce conseil de discipline de la « dernière chance », moment suspendu où des adultes qui connaissent finalement très peu Noa doivent décider de son avenir.

    La deuxième partie opère un retour en arrière, mais selon une construction inhabituelle. Plutôt qu’un flashback classique, l’autrice choisit une narration à rebours : chaque chapitre se déroule juste avant le précédent. Ce procédé, déroutant au départ, se révèle d’une grande pertinence. Comme les adultes de la première partie, le lecteur est d’abord confronté aux comportements violents et au rejet de l’école, sans en comprendre l’origine. Ce n’est qu’au terme de cette remontée dans le temps que se dévoile la blessure intime de Noa : un événement traumatique qui explique sa colère, sa honte et son refus obstiné de demander de l’aide alors qu’elle en aurait cruellement besoin.

    La troisième partie, enfin, reprend le fil de la vie de Noa après le conseil de discipline. Rien n’est miraculeusement résolu. Le nouveau départ est fragile, semé d’embûches. Mais après la spirale infernale des événements, une lueur d’espoir apparaît enfin.

    La violence comme réflexe de survie

    Parfois dur à lire, Troisième chance montre que la violence adolescente n’est jamais un phénomène isolé. Elle est ici le produit de facteurs multiples : misère sociale et culturelle, famille dysfonctionnelle, violences sexistes et sexuelles, mais aussi violence institutionnelle du système scolaire lui‑même. La mère de Noa, dépendante à l’alcool et mal à l’aise avec les mots, peine à communiquer avec sa fille comme avec l’école, accentuant l’isolement de l’adolescente.

    Peu à peu, le lecteur comprend que les coups, les insultes et le « je‑m’en‑foutisme » scolaire de Noa sont avant tout des réflexes de survie. « Rien n’est grave, parce que sinon la vie serait impossible », affirme l’héroïne : une phrase qui résume toute sa stratégie pour tenir debout.

    Ce qui frappe le plus, c’est l’indifférence coupable des adultes, leur échec à venir en aide à une adolescente en grande souffrance. Leur aveuglement devient même parfois une forme de violence supplémentaire. C’est par exemple le cas lorsque le professeur de sport oblige Noa à réaliser un exercice rapproché avec trois garçons qui la harcèlent. Le roman évite toutefois la caricature : certains adultes, plus bienveillants, tentent d’agir mais échouent par maladresse ou par manque de moyens. À chaque occasion manquée, le lecteur mesure qu’il aurait parfois suffi de peu pour éviter tant de souffrance.

    Seule petite fausse note : l’évolution de la mère de Noa à la toute fin du roman, avec un changement d’attitude qui apparaît trop soudain et inexpliqué pour être totalement crédible. Pour le reste, Troisième chance s’impose comme un roman courageux qui aborde sans détour le mal‑être des adolescents à l’ère des réseaux sociaux et qui ouvre de nombreuses pistes de discussion pour les jeunes, leurs parents et leurs enseignants.

    Soraya Belghazi
    Soraya Belghazi
    Journaliste et responsable Littérature jeunesse

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