
Dead’s Man Wire
Réalisateur : Gus Van Sant
Genre : Thriller
Acteurs et actrices : Bill Skarsgård, Dacre Montgomery, Colman Domingo
Nationalité : USA
Date de sortie : 15 avril 2026
Acculé par ses dettes abusives, Tony Kiritsis (Bill Skarsgård) enlève le fils du banquier responsable (Dacre Montgomery) pour faire reconnaître l’injustice dont il est victime. Après lui avoir passé autour du cou un câble relié à la gâchette d’un fusil, garantissant sa coopération ou sa mort spectaculaire, Tony Kiritsis le séquestre dans l’attente d’excuses publiques et d’une réparation de 5 millions de dollars.
Relatant la prise d’otage très médiatisée de 1977, Dead Man’s Wire est un thriller efficace, traversé par la performance grinçante de Bill Skarsgård et parsemé de ferveur anti-capitaliste.
Gus Van Sant nous offre un film avec une saveur marquée des années 70. De l’usage de caméras de télévision d’époque à la chaleureuse bande-son (permise par le personnage de Fred Temple, DJ de radio dont Kiritsis est fan), tout est fait pour nous immerger dans la nostalgie. L’hommage au cinéma vérité est clair : le grain, le choix des couleurs, la caméra portée… Et si on doutait encore, le monument Al Pacino est là pour un rôle court mais efficace, avec la jubilation que seul un monstre de cinéma peut se permettre et provoquer.
Si Bill Skarsgård assure une performance qui oscille entre la maladresse et le terrifiant, il arrive à y intégrer une dose d’humour très noir. Il y a dans le regard du personnage une sorte de pathétique et de désespoir contenus, on sent inévitablement que quelque chose — ou quelqu’un — va finir par craquer. Ce ressort à lui seul nous tient en haleine, et l’empathie naturelle qu’on peut avoir pour Kiritsis est mise à rude épreuve par la tension constante que le film parvient à conserver.
Dead Man’s Wire multiplie les points de vue : le DJ de radio improvisé négociateur, l’expert du FBI qui s’acharne à dresser le profil psychologique de Kiritsis — jusqu’à entourer rageusement le mot colère sur un tableau — ou encore la journaliste, rabaissée par sa hiérarchie mais déterminée à ne pas lâcher son scoop. Malgré ces intentions louables, l’ensemble paraît parfois un peu dispersé, comme si le propos se diluait. Le film aurait sans doute gagné à suivre une ligne plus claire, avec une écriture plus resserrée.
La réflexion du film sur un énième individu poussé à bout par la machine implacable du capitalisme n’est pas révolutionnaire, mais percutante. Le statut de héros national qu’atteint Kiritsis n’est qu’un écho violent au sort de Sonny dans Un Après-midi de Chien, et résonne particulièrement avec le procès de Luigi Mangione (reporté à janvier 2027).
Un arrêt sur image et un needle drop final scellent avec brio un film qui fait de son mieux pour questionner la place de la violence et des médias dans la lutte contre un système capitaliste sourd et oppressif.
