Mes plus grand succès : Trapier s’adresse aux initiés

Scénario : Stéphane Trapier
Dessin : Stéphane Trapier
Éditions : Casterman
Sortie : 10 juin 2020
Genre : Humour

Adeptes de l’humour franc et décalé d’un Fluide Glacial, la sortie de Mes plus grands succès ne peut que vous réjouir. Stéphane Trapier qu’on ne présente plus dans le milieu, connu pour ses illustrations parues dans la mythique revue de bande dessinée et ses affiches du Théâtre du Rond-Point, compile ses meilleures trouvailles dans ce dernier ouvrage publié chez Casterman.

Un patchwork de références…

Et pour compiler, il compile. Trapier pioche dans tout ce qui a construit son univers décalé – son éducation, la musique, le cinéma et plus généralement la culture de masse – pour en faire un patchwork de références haut en couleur. Associant habilement des teintes criardes, mélangeant sans vergogne le jaune canari au rouge vermillon et au bleu outremer, Trapier ne s’inspire pas seulement de la culture pop, il en utilise aussi les codes graphiques à la manière d’un Roy Lichtenstein. Par contre, on regrette – ne dit-on pas que le diable se cache dans les détails – qu’un album aussi fin visuellement s’ouvre sur une typographie aussi grossière que celle qu’on lui trouve en couverture.

Mes plus grands succès, bien loin du format standard de la bande dessinée basé sur le récit, passe du coq à l’âne. Ou plutôt du strip à l’affiche. Trapier alterne entre des scènes de vies – celles de personnages aléatoirement nommés Giscard ou encore Macron – et des planches simples qui associent le dessin d’une scène de film culte et le texte d’une chanson de variété française. Et puis parfois Trapier dévie, il questionne la psychanalyse, pose des questions métaphysiques, fait des essais typographiques, joue avec une invasion de martiens, un Perret qui oublie les paroles de ses tubes.

Mais les apparences sont parfois trompeuses, les satires de Trapier n’ont pas pour but principal d’être politisées. Toutes ressemblances avec des personnages existants est d’ailleurs fortuite. Macron – ou plutôt Ma’con, héros d’un monde sans r – est en fait une parodie de Trapier lui-même, présenté comme un petit bourgeois provincial qui philosophe les pieds dans sa piscine. Giscard et sa femme, Giscarda, sont un couple de retraités banlieusards conventionnels mais pas moins déjantés qui questionnent les traditions et tuent le temps avec créativité.

Qui ne séduira que les convertis

Une chose est sûre c’est que Trapier ne manque pas de culture, ni d’imagination. Mais son humour et ses références, quant à eux, manquent parfois – souvent même – d’universalité. Trapier nous plonge dans des délires qui sont les siens – et ceux d’un public certainement déjà séduit – sans toujours se préoccuper du lecteur qui n’a pas les outils pour les décoder. En sommes si vous êtes déjà conquis, foncez en libraire mais réfléchissez peut-être avant d’en faire un cadeau d’anniversaire.

A propos Cheyenne Quévy 79 Articles
Journaliste du Suricate Magazine