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    Mémoire d’un garçon agité, bouleversements (pas si) enfantins

    Germain a décidé d’arrêter de grandir. Il préfère rester sur la lune que d’appartenir à une communauté d’adultes dont les problèmes sont ennuyeux à mourir. Et pour ça, Peter Pan a une solution. Il va devenir Baudelaire. Il dépoussière une machine à écrire et s’attable pour rédiger ses mémoires. Le gamin est peut-être chétif, mais il sent qu’il peut devenir un homme important. Alors, il se prête au jeu avec tout le sérieux qu’il possède, se dégotant même un pseudonyme. Germain, ça n’appelle pas la célébrité. Alors que Raoul Underwood, ça en jette !

    Raoul Underwood nous livre les dessous de sa jeune vie. Mais ce qui nous parvient, ce n’est pas une ribambelle de moments ; pratique habituelle du genre. En se concentrant sur quelques rares événements, Vincent Zabus et Valérie Vernay montrent l’extrême puissance que possèdent certains souvenirs. C’est par le Noël de ses sept ans que Germain entame sa restitution autobiographique. Ce qui aurait pu tourner en conte hivernal, avec ses excès de bienveillance, se révèle une histoire de caprice. Cela dit, comme Scrooge, Germain prend conscience de ses erreurs. Et la vie continue.

    Même si ce souvenir paraît anodin, c’est sa puissance émotionnelle que cherchent à traduire les auteurs. Germain paraît marcher sur les pas d’un Cédric ou d’un Samuel, s’intéressant aux sentiments quotidiens de l’enfance. Du moins, c’est ce qu’on se dit au début. Mais plus le récit avance, plus on découvre le vrai sujet de Mémoires d’un garçon agité. Le deuil. On comprend alors que cette simple confession de Noël s’inscrit en fait dans un tableau plus large au coeur duquel se mélange chagrin, empathie et culpabilité. Si Germain ne veut pas devenir adulte, c’est parce qu’il souffre. Et si il veut laisser une trace, c’est pour vaincre la mort.

    Mémoire d’un garçon agité se déploie doucement. Aussi grave que soit son sujet, il n’est jamais frontal. La tendresse de son écriture s’accompagne d’un dessin naïf, dans la même veine que Sempé. Le maître-mot est la sobriété. Vincent Zabus et Valérie Vernay misent sur une palette de couleur restreinte et jouent avec les silences. Ce n’est pas un ouvrage expansif, qui définit le chagrin par des cris et des larmes. Et c’est ce qui fait sa force d’ailleurs. Mémoire d’un garçon agité s’adresse aussi bien aux adultes nostalgiques qu’aux enfants curieux, qui ressentent ou non le besoin de s’intéresser au deuil.

    Cheyenne Quévy
    Cheyenne Quévy
    Responsable littérature

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    Mémoire d'un garçon agitéScénario : ZabusDessin : Valérie VernayÉditeur : DargaudDate de parution : 30 janvier 2026Genre :Roman graphique Germain a décidé d’arrêter de grandir. Il préfère rester sur la lune que d’appartenir à une communauté d’adultes dont les problèmes sont ennuyeux à mourir. Et pour ça, Peter Pan...Mémoire d’un garçon agité, bouleversements (pas si) enfantins