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    Masterclass avec Philine Janssens, Intimacy Coordinator

    Philine Janssens était de passage, le 27 mai, après la projection du film Truly Naked au cinéma Palace pour une Masterclass. Après une carrière dans la danse, elle a décidé il y a déjà quelques années de prendre une nouvelle direction, toujours axée autour du corps, et c’est en tant que coordinatrice d’intimité qu’elle était invitée à répondre (en anglais) aux questions d’une journaliste et du public.

    Une coordinatrice d’intimité, en anglais « Intimacy coordinator » (ce qui a le mérite de dégenrer le métier en question), est un « nouveau » poste qui s’impose progressivement sur les plateaux de tournage, du moins sur ceux concernés par #MeToo, ainsi que sur le besoin de connaître le consentement des parties impliquées, et ce, peu importe la scène en question. Car Philine Janssens le rappelle, ce métier, méprisé par certains et considéré comme synonyme de « censure » pour d’autres, n’est pas « simplement » lié aux chorégraphies sexuelles sur un plateau. L’intimité, c’est aussi une (fausse) grand-mère qui doit tenir son (faux) petit-fils sur ses genoux. L’intimité, cela peut aussi concerner un corps nu qui joue « le mort », un autre corps prêt à être charcuté dans une (fausse) salle d’opération ou duquel on va faire sortir un (faux) bébé. Le fait que tout soit faux ne décharge pas du consentement des personnes concernées, qui se mettent en fragilité pour les beaux yeux de la caméra.

    Philine Janssens a expliqué quel était son parcours et a ensuite répondu à des questions à la fois générales sur le métier et d’autres spécifiques liées au film Truly Naked. Elle a rappelé à ceux (existe-t-il seulement des « coordinateurs d’intimité » ? Pour l’instant, je n’entends parler que de « coordinatrices ») et celles qui voudraient s’y lancer qu’il n’existe pas de formation officielle en Belgique. En France, une offre d’enseignement vient d’être créée, mais pour (bien) se former, il faut mettre l’argent (6 000 ou 7 000 dollars, au minimum) et se rendre plutôt en Angleterre, dans les pays nordiques ou principalement aux USA. Philine Janssens, née en Belgique, avec son anglais parfait et sa connaissance du milieu du cinéma, a eu une formation internationale. Elle rappelle aussi que c’est un métier qui nécessite une base de psychologie, pour savoir gérer les traumas, les non-dits et les “triggers“ qui pourraient renvoyer l’acteur, l’actrice ou toute autre personne du plateau à des souvenirs désagréables.

    Son travail, plutôt solitaire, étant donné qu’elle est responsable de sa propre équipe, à savoir elle-même, consiste à lire le script (si les réalisateurs et réalisatrices acceptent de le lui donner) et à analyser les scènes qui pourraient/devraient être discutées en amont parce qu’elles soulèvent des problématiques qui dépassent le cadre du film, à savoir le vécu des acteurs et actrices. On pourrait jouer l’avocat du diable, et se demander si un acteur ou une actrice, de par la nature de son métier, ne devrait pas discuter avec un psy ou une coordinatrice d’intimité à chaque fois qu’il y a crime, tromperie, violence, vol, pour arriver à faire la part des choses ? Philine Janssens, elle, demande à ce que les téléphones soient déposés dans une boîte avant la scène, ce qui permet d’incarner un personnage et de laisser sa vie privée (représentée ici par le téléphone) de côté.

    Pour Truly Naked, Philine Janssens était constamment sur le plateau (si on excepte les scènes d’extérieur filmées en Angleterre). On peut aussi l’appeler pour quelques jours uniquement, pour des scènes précises, sur d’autres films. Pour le projet de Muriel d’Ansembourg, c’est le genre de film dans lequel une coordinatrice d’intimité semble indispensable, étant donné que la nudité et surtout les relations sexuelles, sont au cœur du projet. Elle a donc expliqué ce que c’était que de collaborer avec une personne travaillant dans l’industrie des films pour adultes, à savoir Alessa Savage, avec son professionnalisme, et ce qu’elle apportait comme savoir-faire au reste de l’équipe non habituée aux conditions de production des films X. Une question du public est également venue lancer le débat sur la manière de filmer des personnes mineures (ou jouant des personnages mineurs) qui ont une vie sexuelle, comme dans Truly Naked, ou si une politique particulière avait été pensée concernant la sexualisation des corps racisés.

    Une question posée lors de la Masterclass a d’ailleurs mis en évidence deux manières de filmer le sexe dans Truly Naked : la pornographique, autour du père et de son travail (du sexe), et l’intimiste, autour de la découverte de la sexualité par son fils et cette fille avec laquelle il collabore pour un exposé scolaire sur la toxicité de la pornographie en ligne. Je me suis demandé, en laissant mon esprit divaguer, si les choix filmiques de la réalisatrice Muriel d’Ansembourg n’allaient pas à l’encontre du discours qu’elle défend. Ainsi, les scènes « porno » sont très lisibles et visibles, avec leurs actes explicites et leurs membres proéminents (y compris les tentacules du faux poulpe qui s’infiltrent dans le corps d’Alessa Savage, scène dont Philine Janssens nous fit un petit making-of), éclairés de manière crue, alors que le « vrai » sexe est filmé dans la pénombre. On y aperçoit à peine les corps, les caresses, et l’éjaculation survient presque sans s’en rendre compte, malgré le refus exprimé par l’une des partenaires. À la fin, on ressort du film avec en tête, des pénis en érection et des éjaculations faciales, des poulpes comme objets sexuels et des chattes écartées, tandis que le sexe « collégien » (joué par des interprètes majeurs) reste un espace secret, puisqu’il demeure presque invisible. Dès lors, comment (se) représenter d’autres manières de faire du sexe ? Le film et la Masterclass de Philine Janssens viennent prolonger ces questionnements autour de la sexualité, de ce qu’elle charge comme images et fantasmes, de ce qu’on en fait et de ce qu’on en montre, en respectant au possible le consentement de toutes les parties. 

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