More

    Love, Love, Love : l’amour cliché qui régale

    On pourrait dire qu’en humour, l’unanimité est difficile à atteindre. Mais manifestement, vous n’avez jamais vu ce dont sont capables Emmanuel Dell’Erba et Aurelio Mergola lorsqu’ils unissent leurs forces. Après avoir déjà donné naissance à un petit bijou — non pas en toc — avec leur précédente pièce Tuning, ils reviennent cette fois avec un nouveau bébé rose bonbon, dégoulinant d’amour et de clichés romantiques, mais porté par une intelligence de propos qui lui ferait d’emblée sauter plusieurs classes.

    Barbara Cartland : femme de lettres, autrice à succès, dont la propension à l’excentricité vestimentaire n’a d’égal que son conservatisme romantique. Chez elle, les héroïnes sont fragiles et éperdument romantiques ; les héros, chevaleresques, forts et fougueux. Mais à force de raconter toujours la même histoire, ne finit-on pas par se répéter ? Pire encore : par ne plus rien avoir à dire. Il faut alors retrouver l’inspiration, insuffler un nouveau souffle. D’autant plus que l’autrice a annoncé à la presse que son prochain roman serait le meilleur, son chef-d’œuvre absolu. Pourtant, à chaque tentative, c’est la page blanche. N’aurait-elle donc plus rien à dire ? Barbara ne reculera devant rien pour retrouver sa gloire d’antan, quitte à découvrir, au bout du chemin, que ce n’est pas l’amour mais la vengeance qui l’attend.

    Je t’aime un peu, beaucoup, passionnément.

    Comment définir Love, Love, Love ? C’est avant tout une idée brillante. La trame narrative surprend autant qu’elle séduit : prendre une figure emblématique de l’amour traditionnel et lui faire opérer un virage à 180 degrés, sans jamais perdre la tendresse, l’espièglerie ni l’intelligence du propos. Le personnage principal est magnifiquement porté par Marie-Paule Kumps, qui livre une interprétation jubilatoire, précise et savoureusement excessive. Rien n’est laissé au hasard : tout est amplifié, stylisé, parfaitement maîtrisé.

    Elle est entourée d’un trio tout aussi remarquable — Monia Douieb, Aaricia Dubois et Quentin Minon — une véritable dream team, orchestrée avec finesse par leurs metteurs en scène. Ensemble, ils composent un écrin d’absurde et de burlesque, foisonnant de rires, de punchlines désopilantes et de situations scéniques hilarantes. Le tout est ponctué de tableaux ciselés, cinématographiques, chorégraphiés, et accompagné d’une playlist qui donne envie de prolonger la soirée dans un bar jusqu’au bout de la nuit.

    © Logan Szwarc

    Le niveau de maîtrise est tel que l’effort semble évident, presque naturel, alors que la technicité sous-jacente en est l’exact opposé. Chaque élément témoigne d’un goût exquis et d’une justesse implacable, avec un ridicule assumé jusqu’à l’extrême. On ne se souvient plus de la dernière fois où l’on a autant ri devant un spectacle.

    Mais Love, Love, Love ne se contente pas de faire rire. Son propos est d’une délicieuse subtilité : une réflexion sur le fantasme de l’amour avec un grand A, sur sa nature, sa découverte, et l’aventure qu’il représente à tous les âges et à tous les moments de la vie. On déconstruit, on questionne, et quitte à dire adieu au conte de fées, autant en profiter pour adresser un pied de nez au patriarcat qui l’a façonné.

    Love, Love, Love est un véritable chou à la crème : une gourmandise théâtrale, un plaisir coupable pleinement assumé, mêlant rire, élégance, absurde et folie. Dire que nous l’avons aimé serait bien trop faible. Nous l’avons dégusté, tableau après tableau, savourant son crescendo narratif avec, à chaque instant, l’envie d’en avoir encore. Et à chaque fois, ils nous ont régalés.

    Si vous souhaitez vous offrir un vrai moment de plaisir en cette fin d’année 2025, courez au TTO tant qu’il reste encore des places.

    Derniers Articles

    De Aurelio Mergola et Emmanuel Dell'Erba Avec Monia Douieb, Aaricia Dubois, Marie-Paule Kumps, Quentin Minon Du 11 décembre 2025 au 15 janvier 2026 Au Théâtre de la Toison d'Or (TTO)  On pourrait dire qu’en humour, l’unanimité est difficile à atteindre. Mais manifestement, vous n’avez jamais vu ce dont sont capables Emmanuel Dell’Erba et Aurelio Mergola lorsqu’ils...Love, Love, Love : l’amour cliché qui régale