Les Oiseaux de passage, chef-d’œuvre secret

Les Oiseaux de passage
de Ciro Guerra et Cristina Gallego
Drame, thriller
Avec José Acosta, Carmina Martinez, Jhon Narváez, Natalia Reyes, José Vicente
Sorti le 10 avril 2019

Quatrième long métrage du Colombien Ciro Guerra (L’Étreinte du serpent), Les Oiseaux de passage est le premier qu’il co-signe avec sa productrice Cristina Gallego. Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs lors du dernier Festival de Cannes, le film est une saga familiale se déroulant sur une longue période à travers cinq chapitres délimitant l’ascension et la chute de ses personnages principaux.

L’action du film débute dans les années 70 au sein du peuple wayuu. Le jeune Rapayet veut épouser Zaida, fille de la matriarche et chef de clan Úrsula. Pour convaincre celle-ci de lui donner la main de sa fille, Rapayet trouve un moyen de faire fortune rapidement en fournissant de la drogue aux Américains grâce à une association avec un producteur local. Parallèlement à la fondation de la famille de Rapayet et de Zaida, toujours sous l’ombre tutélaire écrasante d’Úrsula, c’est de celle des cartels colombiens de la drogue que témoignent le récit déployé avec amplitude par le film.

Au-delà de cette dimension monumentale et dense de récit foisonnant et du recours à des personnages représentant presque des figures tragiques et mythologiques, Les Oiseaux de passage étonne par sa manière d’importer ce type de narration, de construction, dans un cadre visuel et traditionnel très marqué, qu’il exploite également dans toute sa richesse. Les scènes exposant des rituels et traditions wayuu prennent dès lors autant d’importance que le récit lui-même. D’autant plus que c’est pratiquement par l’une d’elle que s’ouvre le film, une sorte de parade amoureuse chorégraphiée entre Zaida et Rapayet.

Le film prend en cela son spectateur par surprise, s’ouvrant comme une chronique réaliste dépeignant les traditions d’un peuple, avant d’installer dans ce terreau un projet romanesque à la puissance et à l’efficacité redoutables. Transcendant tout aussi bien l’impression de « cinéma du monde » anthropologique qu’il peut donner de prime abord que le récit criminel emphatique, Les Oiseaux de passage se révèle peu à peu comme une sorte de chef-d’œuvre secret, ce genre de découverte dont la vision apparaît telle une récompense pour le cinéphile parfois blasé qui en fait l’expérience.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine