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    Les Gorilles du Général, la loi de la jungle

    Les gorilles du général sont des bêtes de somme, mais pas des bêtes de scène. Leur travail est un travail de l’ombre. Mais un travail indispensable. Protéger le Général de Gaulle pendant son mandat. Alors que s’amorce la décolonisation de l’Algérie, transformation inéluctable, mais mal digérée par une France qui cache ses aspirations impérialistes derrière des valeurs paternalistes, le président de Gaulle a littéralement une cible dans le dos.

    Quatre. Ils ne sont que quatre pour garantir la sécurité de l’homme d’état le plus menacé. Un général qui, avec ses quatre gorilles, se comporte en vraie tête de mule. Pépère, comme ils le surnomment affectueusement, est négligent quand il est question de sécurité. Il ne sort pas couvert quand il pleut, pas plus que quand sa tête est mise à prix. C’est l’image d’un de Gaulle naïf et humble que Julien Telo et Xavier Dorison donnent à voir dans cet album. Un de Gaulle capable de porter le deuil pour un inconnu, soldat orphelin, à l’enterrement duquel personne ne se rend. Un De Gaulle qui rend hommage à un ami, au péril de sa vie.

    Mais cette insouciance qui fait son charme n’est rendue possible que parce que, derrière, ces quatre hommes s’affairent à le maintenir en vie. Dans la dévotion, ils sont devenus proches. Ils sont un cerbère à quatre têtes qui vouent leur existence à la mission qui leur a été confiée. Mais l’équilibre du groupe est bousculé quand l’un d’entre eux est mis sur le banc de touche. Max Milan, un modèle de rookie configuré par le FBI, est alors embauché pour le remplacer. Ce que Max ne dit pas à ces nouveaux coéquipiers, c’est que son rôle est plus ambigu qu’il n’y paraît. Il n’est pas un simple successeur. Il est aussi mandaté pour évaluer le professionnalisme de ses camarades. Max n’a pas l’expérience de terrain de Bertier, Zerf et Santoni. Mais il possède la rigueur, la théorie et un sens de la subordination, digne du jeune premier de classe qu’il est.

    Le lien avec les trois mousquetaires et D’Artagnan semble évocateur. Alors quand les auteurs citent Dumas pour justifier les libertés qu’ils prennent avec l’histoire, la boucle est, en quelque sorte, bouclée. « On peut violer l’histoire, à condition de lui faire de beaux enfants », se justifient-ils. Mais ils font bien de le préciser. De nombreux faits ont été modifiés pour servir le caractère romanesque de l’histoire. Les quatre gorilles ont bien existé. Mais les noms aussi bien que certains récits de vie ont été manipulés par les auteurs.

    Xavier Dorison qui avait scénarisé Le château des animaux est un féru d’histoire qu’il transmet en s’immisçant complètement dans l’époque. Il reproduit le racisme ambiant et assume le point de vue chauvin de l’histoire. Mais aussi, il se l’approprie avec force de détail. Le début est ardu. Les Gorilles du Général n’est pas avare en informations, ce qui favorise la contextualisation mais demande un certain niveau de concentration. Les quatre gorilles ont des gueules cassées, et un langage de charretier, rendant l’assimilation de leur personnage, au demeurant, un peu laborieuse. Mais petit à petit l’oiseau fait son nid et les gorilles s’invitent dans nos esprits. Épaulé par le dessin réaliste de Julien Telo, dans la plus pure tradition de la bande dessinée politique, Les Gorilles du Général réunit tous les éléments pour être une bande dessinée historique, tout ce qu’il y a de plus respectable. ­

    Cheyenne Quévy
    Cheyenne Quévy
    Responsable littérature

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