Titre : Langue paternelle
Auteur.ice : Alejandro Zambra
Edition : Christian Bourgois
Date de parution : 15 mai 2025
Genre du livre : autofiction/poésie
Alejandro Zambra est devenu papa. À plus de quarante ans, il accueille ce nouveau statut avec délice et bonheur : Silvestre, son fils, cultive et éveille sa curiosité. Zambra nous présente son envie d’être un bon père, sans s’auto-congratuler. Vient le temps du Covid, quand le monde se refermait sur lui-même et qu’il fallait vivre ainsi, laissant le futur incertain. L’auteur en profite pour mélanger ces sentiments naissants avec sa relation avec son papa à lui, tout en jouant avec nous, en nous perdant dans les méandres de la (bonne) littérature.
Langue paternelle commence par une suite ininterrompue de pensées, parfois courtes, parfois longues, sur ce que cela fait, à l’homme Zambra, de porter son enfant dans ses bras, de le regarder dormir, de l’écouter babiller. Ses babillements de Zambra senior et junior, on les imagine écrits sur des bouts de papier entre deux siestes, deux biberons, chiffonnés dans ses poches, retrouvés au hasard dans un short avant de le mettre à laver. Ils sont numérotés, dans un ordre illogique, impossible, enfantin.
Alejandro Zambra nous parle aussi de l’enfance, de la sienne, de ce qu’on imagine être la sienne et de son écriture, qu’on dit « enfantine » justement. Il devrait écrire des romans pour les enfants, lui dit-on et nous dit-il. Son écriture fait en-effet penser à celle de Roald Dahl, et on ne doute qu’il pourrait confectionner sa propre chocolaterie fictionnelle dans les années à venir, accompagnant son fils grandissant.
Ses mots sont destinés à ce fils, d’ailleurs, comme il l’avoue en fin d’ouvrage. Si le vocabulaire de Zambra est relativement simple, bien que travaillé, c’est dans ce nœud de textes qu’il nous perd pour mieux nous retrouver. Délaissant les pensées quotidiennes, le roman prend d’autres voies. Le décalage casse l’affect pour mieux nous reprendre par un autre endroit, la tendresse. Il raconte l’amitié entre deux garçons, rompue par un malentendu épistolaire composé de beaucoup de gros mots. Il dévie ensuite sur son père, leurs liens avec le football, sur ce livre de Maclean sur la pêche que son papa lui a conseillé de lire il y a fort longtemps, ou encore sur cette agression qu’ils ont vécu à deux.
D’un livre sur être papa d’un garçon au temps du Covid, langue paternelle, comme son nom l’indique, renoue avec le fait d’être fils autant que d’être papa. Zambra questionne les traces de son enfance, alors qu’il consigne en même temps la vie de Silvestre dans ce livre, pour lui épargner l’oubli. Avec ces 4000 photos sur son téléphone, quasiment toutes de sa progéniture, il se demande ce qu’on fait de nos années passées à grandir, confié aux mains de grandes personnes qui sont nos parents et qui, pour sûr, tant bien que mal, bon an mal an, ont essayé de faire de leur mieux, peut-être à l’encontre de la génération précédente.
Zambra et Jazmina, la maman de Silvestre, sont écrivains et baignent dans l’écriture. Langue paternelle est un roman d’écrivain, où le jeu et le désir d’écrire sont imbriqués dans son contenu, l’air de rien, comme des cartes à jouer échangés avec ses lecteurs et lectrices. C’est aussi probablement le plus beau livre qu’un père puisse écrire à son fils, sans tomber dans la mièvrerie ou l’épanchement de soi. C’est de l’amour condensé pour Silvestre, pour la littérature et la poésie, pour Jazmina, pour le football, pour son papa, pour ses parents. C’est un livre d’un écrivain chilien qui vit au Mexique, publié dans le monde entier mais qui sait très bien où il se trouve : à la bonne place, celle de papa du petit Silvestre.
