Le XS Festival au Théâtre National : un festival unique

Le XS Festival c’est un peu comme un festival de courts-métrages mais adapté à la scène. De courtes productions théâtrales, circassiennes ou dansantes qui s’enchaînent aux 4 coins du Théâtre National : dans la cave, dans le placard en balais, dans le bar ou dans les salles habituelles. Tous les soirs, les mêmes spectacles se rejouent et le public adapte généralement son planning sur les 4 jours. On repère vite les curieux venus voir un spectacle en particulier et flânant dans le théâtre à la recherche d’un autre spectacle pouvant les intéresser et les adaptes du concept qui courent partout entre deux spectacles.

La mission est accomplie autant pour les créateurs que pour les spectateurs. C’est-à-dire, livrer des productions abouties et réfléchies à un public qui peut se permettre de découvrir de nouvelles choses. On n’aime pas les marionnettes ou le cirque ? On peut se permettre de tenter l’expérience pendant 15 minutes. C’est ennuyant ? On ne restera pas trois heures dans une salle obscure. Mais parfois on regrette que le temps soit si court. On espère que le projet continuera à vivre et atteindra le circuit habituel, comme cela s’est déjà fait plusieurs fois.

On a pu découvrir quelques spectacles de tous bords pour vous convaincre de faire le déplacement pour ce festival unique.

Quo Vadis ?

Accompagnée au piano de Joachim Caffonnette, Agnès Limbos se présente au centre de la scène et cherche et ses souvenirs en “creusant” dans un bidon rempli de fougères et d’objets hétéroclites rappelant des parties de sa vie. Autour d’elle, un palmier avec un vieux singe au sommet. Au-dessus d’elle, de la boue qui lui tombe dessus. Si l’investissement corporel de Limbos est drôle et attire l’attention, l’intrigue qui tourne autour d’une histoire d’amour et d’une cicatrice au genou reste légèrement incompréhensible et mériterait plus de clarté.

View

Le directeur est mort, une cérémonie d’adieux aura lieu après les heures de bureau sur la terrasse, au cinquième étage. C’est le thème choisi par La Compagnie 3637 pour le festival. Sur la terrasse : des échelles, des chaises, un autel en l’honneur du directeur, un buffet de sandwichs et de cafés. Le public est, lui, derrière les vitres et assiste, tel un voyeur, à la cérémonie sans entendre ce qu’il se dit. Mais si tout commence simplement, le fait de devoir jeter les cendres du toit révèlent les comportements lâches et féroces des protagonistes. Un grand moment d’humoir noir !

Backup

Vraisemblablement déjà la pépite de cette édition. On suit les déambulations d’une camionnette à travers la calotte glaciaire, le reportage d’une équipe télé et leur rencontre avec l’ours blanc.  Julie Tenret, Sicaire Durieux, Sandrine Heyraud explorent toutes les possibilités scéniques : le théâtre gestuel, le théâtre d’objet, la marionnette et la vidéo. Même leurs corps peuvent devenir des éléments du décors et les trouvailles sont géniales. A voir, rien que pour l’animation de l’ours blanc, Backup est un bijou d’inventivité et d’humour et notre coup de coeur pour 2018.

Touch and go

Seuls 10 personnes sont admises dans le sas à la lumière rougeatre. Attention, si vous avez peur du noir ou êtes claustrophobes, il est encore temps de partir. C’est le début d’un parcours dans le noir où l’on entend les paroles de clients de prostituées et les après-pensées sur le trottoir. Ensuite le spectacteur est accueilli confortablement dans une pièce vide où un léger jeu de lumière commencera, accompagné d’une musique stridente ou de divers bruits. Si le parcours aveugle dans le stock des décors du théâtre amuse, la suite de l’aventure n’est qu’incompréhension, dû peut-être à un manque d’informations sur le concept.

Le Choeur d’Ali Aarrass

Ali Aarrass est un belgo-marocain emprisonné depuis 10 ans sur base d’aveux obtenus par la torture. Dans un lavoir, des femmes lavent symboliquement le sang versé, elles sont toutes concernées par la lutte pour la libération d’Aarrass : voilées ou non-voilées, blondes, brunes, blanches, noires, jeunes, vieilles, etc. Si le début intrigue sur la direction que va prendre le spectacle, tout prend forme au fur et à mesure jusqu’à la fin poignante où la propre soeur d’Aarrass chante son désespoir. Poignant.

Dress Code

Placé légèrement au-dessus du bar, la musique attire le public. On aperçoit 4 danseurs en survêtements mais pourtant très différents. S’ils commencent d’abord par ce qu’on pense être un étalage de leur talent de breakdanceur, on sent vite que quelque chose cloche. Que la répétition fatiguante des mêmes gestes use les danseurs. Dress Code est, justement, une réflexion sur la manière dont le Breakdance marque le corps des danseurs et la raison pour laquelle cette discipline est choisie. Les 4 finiront peu à peu à s’arrêter de fatigue. Le spectateur se questionnera sur ce qu’il a vu : ni tout à fait du Breakdance, ni tout à fait une réflexion artistique sur la danse, mais assurément une belle performance.

Loïc Smars
A propos Loïc Smars 320 Articles
Fondateur et rédacteur en chef du Suricate Magazine