D’après l’oeuvre d’Edouard Glissant
Conception, mise en scène et scénographie Etienne Minoungou
Avec Etienne Minoungou, Katrine Suwalski, Simon Winsé
Du 8 avril au 2 mai 2026
Au Théâtre Le Public
Étienne Minoungou propose de mettre les voiles et d’embarquer à travers l’œuvre d’Édouard Glissant. Cette « palabre du soir » navigue à travers chants afro-caribéens, à la recherche d’imaginaires, passe par des formes hybrides de poèmes, tisse des identités fluides en mouvement, construit des ponts entre communautés décloisonnées. Le spectacle, un Navire-Monde à la mise en scène minimaliste, sera fort en détours et bifurcations. Pour aller où ? On arrive quand ?
Etienne Minoungou.
« Car dans un monde saturé de certitudes bruyantes, choisir la complexité est un acte de résistance. Choisir l’écoute est un acte de résistance. Choisir la relation est un acte de résistance. »
Présenter un spectacle dont le poème entend dire la totalité et la globalité du monde est une tâche laborieuse. Et donc, pour présenter un spectacle dont le cœur nucléaire se situe parfois dans la poétique et la philosophie de la relation d’Édouard Glissant, parfois dans la diversité des voix et des musicalités humaines, parfois dans la révélation de la plus secrète mémoire des vivants, parfois dans la revendication quant à la nécessité des résistances face aux systèmes d’exploitation et de domination, certains emploieront le copié-collé et l’intelligence artificielle générative. On a vu. La contradiction, comme l’erreur, est humaine.
Étienne Minoungou est accueilli une nouvelle fois au Théâtre le Public. Ses spectacles, dont M’appelle Mohammed Ali en 2015, Si nous voulons vivre en 2017 et Traces, discours aux nations africaines en 2023, y ont déjà rencontré un franc succès. Ici et là-bas, son travail sur les voix africaines et antillaises est acclamé. Son public, réuni dans cet espace situé au cœur de Saint-Josse, connait bien son théâtre de la parole, de l’échange, de la conversation et du mouvement qui devient rencontre.
Pour Le Tremblement du Monde, Minoungou est accompagné des musiques de Simon Winsé (kora, flûte peule et guitare) et de Katrine Suwalski (saxophone et flûte traversière). Pour le trio, la tâche est de taille : « illustrer la diversité démesurée du monde » en musique, en voix et avec Édouard Glissant.
Or, le spectacle se présente avec humilité aux spectateur·ices. En entrant, Étienne se tient au seuil de la salle, dit bonjour, demande à chaque personne si la journée s’est bien passée, quelle est la météo. Il souhaite engager la conversation avec son public. D’ailleurs, il annonce que, le temps d’un soir, nous sommes une famille recomposée. Sous la Salle des voûtes du Public (et non sous l’Arbre traditionnel), l’assemblée coutumière se réunit donc pour discuter les affaires pendantes et pour prendre les décisions importantes.
Aucune crainte à avoir, l’autorisation a été demandée à Édouard Glissant. Étienne le présente d’ailleurs comme l’ancêtre protecteur dont la parole, la pensée et les poèmes dirigeront le spectacle. Absent-présents, on ne sait pas si c’est Étienne qui dit les mots, ou si c’est Édouard qui parle. Peu importe car, de toute manière, rien de ce qui sera dit n’est vrai. Tout est vivant.

Les nouvelles sont graves. Plusieurs sujets ne sont guère joyeux. D’ailleurs, le constat du conseil est sans appel : on ne peut pas continuer comme ça. Des génocides, des guerres, des déportements, des fractures, des violences, des silences généralisés, des amnésies collectives et des monstres abominables courent le monde. Ces situations sont préoccupantes et ces mots ne sont pas énoncés à la légère.
La geste poético-musicale s’annonce politique. Il s’agit de parler. D’abord, pour échanger nos mémoires, les entraîner et les renforcer. Tout cela afin d’abolir l’oubli, avant d’abolir l’esclavage et la colonisation. Ensuite, pour construire les espaces de paroles et d’échanges par lesquels pourront se soigner les fractures du passé. Symboliques, utopiques ou matériels, ces espaces peuvent être les lieux communs pour accueillir les précieux imaginaires en devenir. Il s’agirait de s’efforcer de naviguer ensemble à bord de la barque-matrice, vers le gouffre du poème originel. Il s’agirait de créer ensemble ce Poème, celui qui serait contemporain des premiers brasiers de la Terre, celui qui serait composé par l’élargissement de nos multiplicités interconnectées.
Comment ? Le babillage poétique de hippies altermondialistes vous émeut peu ? Redescendre sur Terre avec du concret et du matériel, dites-vous ? Du tangible ? N’ayez craintes, les vingt ou trente millions d’Africains déportés dans les Amérique deux siècles durant pour soutenir l’économie capitaliste en voie de globalisation, la Shoah, le génocide palestinien, la guerre en Iran, l’Occident hégémonique et la « paix Américaine » seront cités.
Le Tremblement du Monde appelle son public à « vivre une autre dimension d’humanité » en faisant surgir des zones de rassemblement, de lumière et de joie. Pour ce faire, Le Tremblement du Monde veut créer des liana (mot en langues burkinabè qui désigne les « lianes », les « ponts », les « liens »). Le Tremblement du Monde est aussi le cri de résistance du marron, l’esclave ayant fui la plantation et qui doit retrouver ses semblables dans un nouvel espace. Au final, Le Tremblement du Monde est simplement un appel à boire du café. A la nòt santé ! Barka ! To komela !
